‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 191 sur 302 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

conviction ?... Dans l'abrutissement de l'intelligence et de la conscience ? »

Et le buste renversé, l'œil en feu, les mains crispées sur l'appui de la tribune, l'orateur poursuit, à travers l'ouragan des applaudissements de la droite : « Nous, nous voulons la seule paix que vous puissiez demander, la seule digne d'un grand pays, la seule qui convienne à des âmes généreuses : la paix dans le respect de toutes les croyances et de toutes les libertés.

— Oui, vos croyances et vos libertés !

— L'honorable M. Jules Simon a dit à cet égard une remarquable parole ; la voici : « Un père doit condamner )) son enfant à l'ignorance, plutôt que de livrer son » âme ! » Eh bien, Messieurs, cette parole est énergique, mais elle est très vraie. Je dis seulement que la loi ne doit pas placer un père dans cette cruelle alternative. De là, cette conséquence : que la liberté de l'enseighement supérieur ne doit pas se borner à la proclamation d'un principe abstrait, niais qu'elle doit passer dans des institutions qui soient capables de vie et de durée. »

L'incident une fois clos, l'orateur reprend son impassibilité, et continue, au milieu des interruptions, sa réfutation du discours Lepetit.

Mais, au cours de la discussion, d'autres discours se font entendre, harangues violentes ou venimeuses, qu'il doit écouter la rougeur au front.

M. Lepetit a fait sienne une déclaration de M. Brisson : « La liberté d'enseignement peut être bonne en ellemême ; mais, en l'état, elle profiterait aux catholiques, et c'est assez pour que nous n'en voulions pas. »

Chesnelong fera justice de l'odieuse prétention.

( Que l'honorable M. Brisson me permette de le lui dire, il n'est pas allé jusqu'au bout de sa logique ; il

aurait dû, pour être conséquent, demander, pour le même motif, la suppression de la liberté de l'enseignement primaire et de l'enseignement secondaire. Il aurait dû, par le même motif, demander que les catholiques fussent exclus de toute participation à l'enseignement de l'État ; et ce n'eût pas été assez. Chassé des écoles, l'esprit cathohque pourrait encore se réfugier dans les églises. L'honorable M. Brisson aurait dû aussi demander qu'on le poursuivît dans ce dernier retranchement, puisqu'il est, d'après lui, l'esprit ennemi (1). Messieurs, je ne défendrai pas le catholicisme contre les attaques de M. Brisson. L'iiistoire s'est chargée de ce soin. Alors même que, comme croyant, je ne lui serais pas dévoué de toute l'énergie de mon âme, je l'aimerais comme Français, parce qu'il a fait la grandeur de ma patrie, et parce qu'il sera encore son salut. Au surplus, Messieurs, il n'y a pas là de thèse à réfuter ; il y a simplement une pensée d'oppression, contre laquelle il faut protester. Je proteste au nom de la justice et de la liberté... Je proteste devant l'Assemblée, qui nous écoute, et devant le pays, qui nous jugera (2) ! »

De tels accents finissaient par affermir l'opinion de la Chambre ; toutefois l'évêque d'Orléans était encore si peu sûr du résultat, qu'il renonça à la parole, afin de ne pas passionner davantage la discussion.

On comptait sur 350 ou 355 voix en faveur de la loi au moment du vote d'ensemble, lorsque la gauche, voyant, du côté opposé, de nombreux vides, demanda inopinément le scrutin public à la tribune, ce qui interdisait de faire voter les absents.

( 1 ) On sait quo les prévisions do Chesm>loiig ont été largement dépassées. Ce qu'il regardait alors comme absunli» à force d'injustico s'est hélas ! réalisé de nos jours.

(2) Ch. Cliesiiflonc, Diticoiirn, p. 47.'i.

Page 1