‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 196 sur 302 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

d'opérer un rapprochement entre l'extrême droite, les bonapartistes et les gauches, et de demander à ces différents groupes de faire une liste commune, sur laquelle ne figurerait aucun nom du centre droit.

Il réussit à associer quelques-uns de ses collègues de l'extrême droite à la félonie qu'il méditait. Chose étrange, le député capable d'une pareille résolution était un parfait gentilhomme, dont la loyauté n'avait jamais été suspectée. Il s'appelait M. de la Rochette.

Mis en rapport avec Gambetta, il réclama la suppression de dix-sept noms sur la liste répubUcaine, et leur remplacement par dix-sept noms empruntés au groupe de l'extrême droite. A ce prix, il promettait son concours et celui de ses amis pour le succès de toute la Hste. Les derniers arrangements furent arrêtés, le 9 décembre, en pleine nuit, au domicile de Jules Simon, place de la Madeleine.

Le lendemain, à l'apparition de la liste qui étalait cette alliance adultère, stupeur et indignation de la droite modérée, particulièrement de Chesnelong, Pour comble de désordre, M. de la Rochette avait négligé de s'assurer si tous les candidats dont il avait donné les noms à Gambetta accepteraient le rôle déshonorant qu'on entendait leur faire jouer. Quelques-uns réclamèrent énergiquement la radiation de leur nom; d'autres, au contraire, comme M. de Franclieu, bravèrent jusqu'au bout l'opinion de leurs collègues. Quant à M. de la Rochette, trop compromis pour reculer, il jeta avec ostentation dans l'urne la liste arrêtée chez Jules Simon, en lançant cette phrase aux membres de centre droit : « Tout plutôt que vous ! »

Us recueillirent, lui et les onze collègues de droite qui avaient consenti à être maintenus sur la liste, le prix de la trahison ; cinquante-six républicains furent élus avec eux. Le Sénat inamovible ne réunit que huit

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membres de la droite modérée et du centre droit. Les prévisions de Chesnelong sur l'évolution du gouvernement républicain commençaient à se réaliser.

Le 31 décembre, l'Assemblée déclara que l'élection des deux cenc vingt-cinq sénateurs dont la nomination appartenait au corps électoral aurait lieu le 30 janvier 1876, et celle des députés le 20 février. Les deux nouvelles Chambres devaient se réunir le 8 mars. C'est ce jour-là seulement qu'expiraient théoriquement les pouvoirs de l'Assemblée Nationale ; mais, en fait, la séance du 31 décembre fut sa dernière réunion. Après avoir entendu un éloquent discours de son président, le duc d'Audiffret-Pasquier, elle se sépara pour toujours, et les députés échangèrent leurs adieux.

Cette Assemblée, à qui on devait d'avoir réuni les forces vives de la France après la guerre de 1870, triomphé de la Commune, Ubéré le territoire, avait, ne seraitce que par ces grands actes, bien mérité du pays. Sa prudente gestion des finances pubhques, ses lois relatives à la réorganisation de l'armée, à la presse, à la hberté de l'enseignement supérieur ; l'hommage rendu par elle, au nom de la nation, à la Providence divine, par la loi sur les prières publiques et le caractère officiel donné à l'érection de la basilique du Sacré-Cœur, étaient des services qu'un peuple catholique ne saurait oublier. Elle avait vainement tenté le rétabhssement de la monarchie ; mais on ne pouvait, de bonne foi, imputer l'insuccès aux principaux agents de l'entreprise ; sa grande erreur avait été, ce semble, de ne pas restreindre l'omnipotence du suffrage universel.

Artisan zélé de toutes les grandes réformes opérée** depuis cinq ans, Chesnelong n'avait donné la main à

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