L. DE Lauss.xt
28 CHESXELONG
Pau. ^I. Hylas Laborde admirait depuis longtemps les rares qualités de son neveu, et, pour le mettre en valeur, il rêvait de lui léguer son siège au Conseil général.
Telle était son influence dans le canton de Salies, qu'en se désistant, il resterait sûrement maître du scrutin. Sans hésiter, il offrit à Charles Chesnelong sa succession. Il avait compté sans les scrupules du jeune commerçant et son esprit de famille. L'avenir de la maison d'entrepôt reposait maintenant sur lui. Ses continuels voyages étaient nécessaires à l'extension des affaires. Ses rares loisirs étaient consacrés à sa famille, dont il était de plus en plus l'âme (1); il comptait consacrer plus tard à l'instruction de son fils ses connaissances perfectionnées par d'incessantes lectures. Comment ajouter à de pareilles obligations le poids des intérêts d'un canton ? Où trouver le temps de s'initier aux besoins d'une région déjà éloignée d'Orthez ? Comment surtout se former assez parfaitement à la parole publique pour faire bonne figure à côté du préfet de Pau. et prendre la place d'un brillant avocat ?
( 1 ) Môme après son élection au Conseil général, Charles Che.snelon|r reste, avant tout, l'homme de la famille. On en jugera par la lettnsuivante adressée à son père, le 21 juin 185.'{, au cours d'un voyago entrepris pour son commerce. Rarement la piété filiale trouva de plus chauds accents :
'. Mon cher papa, voici le jour de ta fête. Que ne m'est-il donné, t'ii t'adi-e.s.sant mes vœux, de te procurer toute la santé dont je voudrais te voir jouir et tout le bonheur dont tu serais si digne, et dont ce serait le souhait le plus ardent de mon cœur de te \ oir entouré ! Oui, crois-le bien, car jamais assurances plus sincères ne furent inspirées à im fjls par vmc tendres.se plus profonde, il n'est aucime de tes souffrances avec laquelle je ne sjmpathi.se du meilleur de mon âme, aucune de tes préfjccupations à laquelle je ne m'associe dans toute la sbicérité de mes sentiments les plus vrais, et la plaie douloureuse qui reste toujours ouverte dan.s ton cœur éveille aussi dans lo mien des souvenirs amers et de cuisants regrets. Crois-le bien, je tiens à ton affection mille fois plus qu'à la vie ; j'en sais le prix, j'en comprends le bienfait, ei je deviendrais méprisable à mes propres yeux le jour où je poiirrais faillir aux do\oirs de respect, d'amitié et de n^connais.sance qu'elle