‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 201 sur 302 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

sympathiques, si affligées ! Il en vient de partout. Il est bon, sous tous les rapports, de servir les nobles causes. Les joies de la victoire y sont plus sereines, et les mécomptes trouvent leur compensation, non pas seulement dans le sentiment du devoir accompli, mais dans les marques d'une sympathie qu'on serait fier d'avoir méritée. Du moins, il en est ainsi pour moi en ce moment, et même toujours : Dieu a l'habitude de ménager ma faiblesse... » Et, après avoir résumé les causes de son échec : passé de monarchiste militant, affirmations catholiques supérieures au tempérament des électeurs, émancipation progressive du suffrage universel, U continue ': « Voilà pourquoi, malgré la résistance héroïque de quelques-uns, malgré la fermeté d'attitude de mes amis, malgré l'appui résolu, je puis vraiment le dire, de toutes les honnêtetés et de toutes les intelligences ; après vingt réunions pubhques en vingt jours, où j'ai dépensé tout ce que Dieu a mis en moi d'énergie, de chaleur d'âme, et même de flamme ; après avoir été — quoi qu'on ait dit et fait — partout accueiUi respectueusement et partout acclamé, j'ai marché, de triomphe en triomphe.... au résultat que vous savez. Avec cela, je suis content de moi; j'ai accepté ma défaite sans amertume... Qu'importe que Dieu nous prenne ou nous laisse, pauvres et faibles instruments ? A lui de nous assigner notre place ; à nous d'accepter celle qu'il nous fait, telle qu'il nous la fait ; d'y servir sa cause, avec un certain éclat s'il le veut, et dans l'obscurité s'il l'exige. Fais ce que dois, advienne que 'pourra ; j'ai conscience, en cette occasion, d'avoir fait jusqu'au bout ce que je devais.

» Maintenant, à quoi vais-je employer ma vie ? Je ne sais encore. Je n'ai qu'une résolution ferme, celle de la dévouer toujours, dans la mesure de mes forces, aux causes dont j'ai été le soldat. »

Il passe alors en revue diverses perspectives qui lui

sont ouvertes : élection à un siège du Sénat, à laquelle va travailler Mgr Dupanloup, articles périodiquement fournis à une ou plusieurs revues, direction politique d'un journal parisien, comme le Monde.

Ce dernier emploi paraît lui sourire, parce qu'il lui permettrait de continuer à vivifier les œuvres et à organiser les catholiques en parti social (1).

En tout cas, le bon serviteur, quoique meurtri par la lutte, ne refuse pas le travail. Dieu va le lui rendre, abondant et fécond. Il semble, que pour le moment, il doive se borner aux œuvres catholiques. Le siège de Casimir- Périer étant devenu vacant au Sénat, la droite de la haute Assemblée, qui, grâce aux délégués municipaux, compte, malgré tout, une majorité conservatrice, lui a donné cent neuf voix ; mais le nom moins accentué de M. Dufaure en a réuni cent soixante et une, grâce à l'appui de Mgr Dupanloup, qui a craint de désorganiser, par une élection de nuance trop caractérisée, une majorité déjà trop faible. C'est du 12 août J.876 que date ce nouvel échec. Aucune chaîne politique n'entrave plus l'apostolat de Chesnelong ; il est tout entier aux comités d'action chrétienne et sociale.

Toutefois la Providence lui ménage une halte dans sa vie militante. Son fils Pierre, le courageux officier de 1870, vient de conquérir, à Paris, son diplôme de docteur en droit. On va le fiancer à M^^^ Hovelacque- Mahy, issue d'une des meilleures familles du Nord. C'est pour Chesnelong l'occasion d'un voyage où il va retrouver, avec l'oubh des récentes blessures, la douceur d'un nouvel espoir pour sa race.

M. Desbassyns de Richemont lui écrit : « Il y a certaines essences du sud que je voudrais voir envahir toute la France, pour en repeupler les landes et en reboiser les

(1) Lettre citée par AI"« de Guérinea, t. III. p. 516.

Page 1