CHAPITRE XVII
fin de ce discours, où il a mis l'irrésistible accent de sa piété envers le Saint-Père.
A l'issue du congrès, on signa une pétition au président de la République, aux ministres, aux sénateurs et aux députés, en faveur de l'indépendance du pape.
A coup sûr, les moyens auxquels on demandait de recourir devaient être pacifiques. La presse de gauche et la presse étrangère, en Allemagne et en Italie, n'en accusèrent pas moins les catholiques français de vouloir la guerre. Aucune imputation n'était mieux faite pour les blesser et pour leur nuire ; aussi la repoussèrentils avec une indignation unanime.
L'agitation résultant de ces querelles restait néanmoins une arme dangereuse aux mains des gauches républicaines. On le vit bien lorsque, le F'' mai, une demande d'interpellation visant les « menées ultramont aines, » et signée par les chefs des trois groupes de gauche, fut déposée sur le bureau de la Chambre.
Le porte-parole des adversaires de la papauté, M. Leblond, rappela les pétitions des catholiques, fit le procès des évêques et de leurs mandements, puis conclut en disant : « Je crois, poui" ma part, que des lettres, des circulaires bienveillantes ne sont pas suffisantes pour enrayer un pareil mouvement. Qu'en pense M. le président du conseil ? »
Jules Simon était sur les épines. Ses tendances vers le centre droit avaient fortement indisposé la gauche radicale. Il sentait qu'une partie suprême allait se jouer. Avec toutes les ressources de sa parole nuancée, il atténua les faits allégués par ]M. Leblond, et promit, tout en protestant de son profond respect pour la rehgion, l'inflexible application de la loi aux brouillons et aux exaltés.
D'aussi vagues engagements ne pouvaient satisfaire la gauche avancée ; Gambetta entra en scène.
Selon lui. il ne s'agit pas de contrarier une action religieuse. « Ce qu'il faut, c'est signaler, dénoncer, sous le masque transparent des querelles religieuses, l'action politique d'une faction politique. » Et, pour démontrer que les tenants de la papauté sont de dangereux ennemis de l'État républicain : u II est digne d'attention, continue-t-il, que ce soient précisément les mêmes hommes, les Ernoul, les Depeyre, les Chesnelong, qui, dans notre pays, mènent l'assaut contre les institutions, contre la Révolution de 1789, qui sont en même temps à la tête des comités catholiques, des cercles catholiques, des associations catholiques, et qui, mêlant avec habileté, avec une infatigable et opiniâtre activité, la diplomatie et la rehgion, le parlementarisme et la bienfaisance, font de toutes ces idées associées un levier, que dis-je, un béUer qu'ils poussent contre la citadelle de l'État. » Et le tribun concluait sa harangue par ce cri de haine, qui devait avoir un long retentissement : « Le cléricaUsme, voilà l'ennemi ! »
Les présidents des trois groupes de gauche présentèrent un ordre du jour invitant le gouvernement à réprimer les manifestations ultramontaines. La majorité insistait pour l'acceptation ; Jules Simon s'inchna (1).
(1) Le vicomte de Meaiix, dans ses Sottvenira politiques, donne la raison de l'attitude réservée que garda alors le président du Congrès catholique :
« Chesnelong, banni de la Chambre des Députés, venait de prendrt» place parmi nous en qualité de sénateur inamovible. Personnellement visé dans l'invective de Gambetta contre le Congrès et les Comités catholiques, il était prêt, avec son talent et son ardeur oratoires, à relever le gant. Sur les bancs de la droite et du centre droit, nous nous sentions tous, ou presque tous, atteints a\ec lui. Nous nous réunîmes en grand nombre rue de Grenelle, dan.s le vn-sto appartement de l'un d'entre nous, le baron de Lareinty, poiu* délibérer siu* la conduite à tenir (p. .310). » — Tl fut convenu qu'on n'engagerait pas la lutte contre a Chambre sur la question religieuse, et qu'on forait agir auprès du maréchal, afin qu'il prît lui-même la tête de la résistance.