‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 209 sur 302 · CHAPITRE xvn · texte numérisé non relu

CHAPITRE xvn

C'était choisir entre le maréchal et Gambetta, et signer son arrêt de mort comme chef du cabinet.

Quelques jours plus tard, le 16 mai au matin, Jules Simon, à propos d'un projet de loi favorable aux excès de la presse qu'il avait mollement combattu, recevait du président de la République un blâme qui provoquait sa démission.

Qu'allait faire le maréchal ? Aller plus à gauche pour reconstituer un ministère, c'était abdiquer devant la faction gambettiste. Revenir vers la droite, c'était interdire à son cabinet la possibilité de gouverner avec la Chambre, et favoriser les menées belliqueuses de l'Allemagne, qui affectait toujours de croire au péril ultramontain. Ces embarras du gouvernement ramenèrent l'attention vers la solution monarchique, et rendirent aux légitimistes un peu d'espoir.

Chesnelong était alors à Orthez, où il se reposait d'une campagne de conférences dans la région de Bordeaux. Son vieil ami Kolb-Bernard, qu'il avait retrouvé au Sénat, lui écrivit de Versailles :

(c II est constaté que les princes d'Orléans, y compris le duc d'Aumale, qui s'en est complètement expliqué avec le duc de Nemours, de qui je le tiens, reconnaissent sans ambages aujourd'hui qu'il n'y a de remède possible que dans l'entière union de tous les membres de la famille royale pour arriver au rétablissement de la monarchie légitime. Nos amis Daru, de Mérode et autres de la même nuance d'opinion n'hésitent pas à proclamer cette nécessité. Et l'on voudrait même arriver aussi vite que possible à la réalisation de cette parfaite entente, en vue des comphcations militaires où nous pourrions être conduits, d'abord pour donner, le cas échéant, plus de force au commandement, et ensuite

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pour éviter que tels ou tels succès militaires remportés par des généraux de teinte républicaine ou bonapartiste ne fissent arriver au pouvoir, sous le coup de la faveur populaire, de ces sauveurs qui ne sauvent jamais, et qui prolongent le désordre (1). »

Chesnelong s'unit à ses amis du Sénat et de la Chambre pour réclamer des gages, en retour de l'appui que, à tout événement, ils promettaient au maréchal. Celui-ci craignit-il des tentatives de coup d'État avant la fin du Septennat ? Recula-t-il devant les accusations de cléricalisme, qu'on ne manquerait pas de lui lancer, de France et de l'étranger, s'il admettait des légitimistes au pouvoir? Son courage, en tout cas, n'alla pas au-delà d'un ministère centre droit, à la tête duquel il plaça le duc de Broglie, attribuant toutefois le portefeuille de l'Agriculture et du Commerce au vicomte de Meaux, qui voulait être qualifié de légitimiste.

Ce n'est pas, d'ailleurs, un pareil ministère qui pouvait prétendre à la faveur des députés. En le constituant, le maréchal avait pris son parti : avec son aide, faire voter par le Sénat la dissolution de la Chambre à tendances radicales, et convoquer le pays à de nouvelles élections.

Mais il fallait obtenir le vote du Sénat, et l'extrême droite, peu favorable à un ministère de Broglie, y était largement représentée.

Heureusement, Chesnelong traitait volontiers avec cette fraction de la haute Assemblée ; il avait même toute sa confiance. Le duc de Broglie l'employa comme négociateur. Pour voter la dissolution de la Chambre, l'extrême droite du Sénat posait trois conditions. Elle réclamait une participation directe au gouvernement,

(1) Lettre inédite, du 20 avril 1877.

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