CHAPITRE XVU iôfi
une large place pour les tenants de ses idées dans les candidatures gouvernementales ; enfin la promesse du maréchal qu'il ne demanderait pas la prorogation de ses pouvoirs au delà de 1880.
Un ministère restait à pourvoir, celui de la Marine. On le confia à l'amiral Gicquel des Touches, aussi déterminé royaliste que fervent chrétien ; les deux autres conditions furent acceptées sans difficulté. Le maréchal était armé pour la lutte.
Après quelques semaines, au cours desquelles Gambetta avait groupé ses forces en provoquant une réunion plénière des gauches, un message présidentiel demanda positivement au Sénat le vote de la dissolution.
Le 22 juin, ce vote était un fait accompli. Le 26, le duc d'Audiffret-Pasquier, président du Sénat, lisait un décret prononçant l'ajournement de la Chambre haute jusqu'au jour où la nouvelle Chambre des Députés serait convoquée. C'était, pour Chesnelong, le retour à Orthez ; ce n'était, ni le loisir, ni la hberté.
Entre le gouvernement de l'ordre et le parti des « destructions nécessaires », entre Mac-Mahon et Gambetta, le duel était ouvert ; impossible d'en prévoir l'issue.
Comment les chefs de la gauche entendraient-ils répondre à ce qu'ils appelaient le coup d'État du maréchal ? On sut bientôt qu'ils se préparaient à exploiter la pem- de la guerre qui leur avait déjà plus d'une fois réussi, dans leurs démêlés avec les «cléricaux». Gambetta n'hésita pas à rechercher secrètement l'aUiance des pires ennemis de l'Église romaine, Crispi, alors président de la Chambre italienne, et, démarche plus criminelle,
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Bismarck, l'auteur du Kulturkampf allemand. Avec leur connivence, la JRépublique jrançaise et tous les journaux à la solde de la faction radicale répandirent le bruit que l'élection d'une Chambre mac-mahonienne et cléricale serait le signal d'une nouvelle guerre francoaUemande, et d'hostilités plus ou moins prochaines avec ritahe.
Il faut faire taire ces propos venimeux, déchirer cette trame ourdie dans l'ombre contre les vrais patriotes, et, puisqu'on use de la presse pour pervertir l'opinion, organiser une campagne de presse pour la redresser (1).
L'C/mversest,parses longs services, aussi bien que par le talent de son rédacteur en chef, le premier des journaux rehgieux ; mais il s'est prononcé depuis longtemps pour les théories de l'extrême droite ; de plus, certaines excitations peu opportunes contre le gouvernement italien lui ont aliéné nombre de catholiques notables, voire d'ecclésiastiques. Le Monde, fondé sous l'Empire, lors de la passagère suppression de V Univers, a des allures plus mesurées. Il a, depuis longtemps, les préférences de Chesnelong ; beaucoup d'évêques l'encouragent ; il faudra l'employer comme arme de défense durant l'assaut que subit l'Éghse.
Membre du conseil d'administration du journal, le nouveau sénateur lui assigne volontiers son rôle dans le combat. « Le Monde, écrit-il, a raison, tout en étant très franchement royaliste, d'accuser surtout la note catholique, et de laisser l'autre dans un demi-jour, qui ne la voile un peu que pour mieux disposer les esprits à son accentuation plus efficace. Nous ne voulons pas nous servir de la cause royahste, mais nous voulons la
(1) Il avait été question, pour imposer silence aux journaux avancés, de rétablir l'état do sicgo. Le niaréclial, dont on blâmait déjà lo coup do force, ne voulut pas recourir à cette mesure extrême.
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servir, et nous courons d'abord à la défense de l'Église, d'abord parce que c'est le point menacé, ensuite parce que c'est le point décisif ; que, l'Église vaincue, rien ne tiendrait, et qu'en sauvant cela, on peut reconquérir tout le reste (1). »
Dès cette époque, hélas ! un journal doctrinal et spécialement voué à l'action religieuse ne pouvait compter sur une nombreuse clientèle. La santé chancelante de M. Levé, directeur du Monde, réduisit vite l'entreprise à une situation gênée. On vit alors Chesnelong mettre au service des administrateurs, non seulement les conseils de son expérience financière, mais sa bourse et celle de ses plus dévoués amis.
Malgré tout, le Monde et V Univers ne s'adressaient qu'à l'élite. Pour atteindre la masse, il fallait créer le journal catholique populaire, le journal à cinq centimes. Avec l'aide de Chesnelong, la Société bibliographique, aussi bien que le Comité catholique de Paris, mirent à l'étude cette création. De leurs communs efforts devait sortir la France nouvelle, avant que la Croix devînt une arme de précision si précieuse entre les mains des Pères de l'Assomption.
C'est du fond de sa province que Chesnelong s'emploie ainsi à l'élection d'une nouvelle Chambre conservatrice et modérée. Ce travail de propagande n'épuise pas son activité. Chaque année, on le sair, il préside la distribution des prix d'un des collèges chrétiens du diocèse. Cette fois, c'est la maison Sainte-Marie d'Oloron qui l'entend vanter les bienfaits de l'enseignement chrétien, et dénoncer les ravages de l'école athée, dont on prépare l'avènement.
Il lui faut trouver du temps pour la vie de famille.
(1) Lettre inédite à un religieux, que nous croyons être le P. Xoury, de la l'ompagnie de Jésus. 9 janvier 1877.
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Plusieurs de ses enfants ont quitté le cher nid d'Orthez pour aller ailleurs faire honorer son nom ; il ira se rajeunir à leur contact.
Il faut se souvenir aussi des droits de l'amitié. Auguste de Ribes, O'Quin, l'abbé Barbe, autant de vieux compagnons que les dernières luttes ont privés de la présence ou même des lettres de Chesnelong. Ils s'en plaignent affectueusement. Chesnelong leur prouvera, soit par de fréquentes visites, soit par de longues missives où la tendresse déborde, que sa fidélité est à l'épreuve des plus longues absences.
Cependant les 363 députés qui avaient voté un ordre du jour contre la dissolution de la Chambre organisaient la lutte. Un comité composé de dix-huit membres dirigeait, dans tous les départements, la campagne électorale. Le mot d'ordre était toujours le danger de guerre étrangère que ne manquerait pas d'accentuer une majorité cléricale. Pour faire tomber cet épouvantail, le ministère n'avait d'autre ressource que de multiplier les voyages du maréchal dans les départements. Jusqu'au bout, néanmoins il espéra le succès ; mais trop de conservateurs se faisaient déjà un point d'honneur de ne pas se mêler à la politique ; ils attendaient, on ne sait d'où, un sauveur. C'est un redoutable adversaire que préparait leur incurie. Le 14 octobre 1877, jour du scrutin, le pays envoya à la Chambre 300 adversaires du cabinet contre 200 favorables à sa politique. Le maréchal était battu ; Gambetta triomphait ; pour Chesnelong et ses amis, c'était Tamionce de nouvelles et plus ardentes mêlées.