CHAPITRE XVIII
grâces, de piété, de sérénité douce, rayonnante et satisfaite, à la belle et sainte vocation qui t'attend. L'année qui commence sera pour toi grande et précieuse entre toutes. Tu vas contracter avec le bon Dieu et avec son Église ce lien plus fort que la mort qui prélude à ta consécration comme prêtre pour la vie et pour l'éternité. Tu as le sentiment de ce que cette destinée a de beau et de grand. Vivre de Dieu chaque jour, l'appeler chaque jour sur l'autel du sacrifice, pardonner en son nom d'un pardon qu'il ratifiera, entrer ainsi en participation effective de tout ce qu'il y a de plus grand dans sa puissance, de plus admirable dans sa justice, de plus touchant dans sa bonté, de plus généreux dans son amour, n'être qu'un homme bien faible et sujet à toutes les infirmités matérielles et morales, à toutes les contradictions étranges, à tous les tristes contrastes de notre pauvre nature, et s'associer cependant à l'action surnaturelle de Dieu sur l'humanité, devenir en quelque sorte un intermédiaire nécessaire entre Notre-Seigneur Jésus- Christ et les âmes pour lesquelles il a répandu son sang, quelle mission ! Et comme, t'y sentant appelé, tu dois travailler à t'en rendre digne ! Comme elle doit être pleine de vertus, l'âme qui devra, en vivant de Jésus- Christ, nourrir de Jésus-Christ tant d'autres âmes fraternelles ! Comme il doit être large, ouvert, riche de tendresse et d'abnégation, le cœur qui devra verser dans les autres cœurs la charité de Jésus-Christ ! Comme elle doit être cultivée avec circonspection, fortifiée et agrandie, éclairée et ornée, dirigée avec droiture et traitée avec respect, l'intelligence qui devra montrer aux autres les grandeurs, les profondeurs, les clartés ravissantes ec les lumineux mystères de la divine doctrine ! Comme elle doit être })ure, simple, haute, divine, pénétrante, la parole (jui devra redire aux hommes les enseignements de Dieu !
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» Comment arriver à ce sommet où le prêtre est égal à sa tâche ? Il doit monter, monter toujours, et, à quelque hauteur qu'il s'élève, il sent toujours cette distance incommensurable, infinie, qui sépare sa faiblesse de la sublimité de sa mission.
)) Cela est bien fait pour t'inspirer, mon cher enfant, une sainte terreur, mais non pas de ces terreurs qui découragent. Il y a, tu le sais, un travail d'alchimie chrétienne qui fait sortir la fierté de l'honnêteté, le courage de la douceur, la force de la faiblesse, la confiance de l'impuissance des efforts humains. Quand Dieu demande à l'homme plus que l'homme ne peut donner par luimême, c'est qu'il est là pour suppléer à ce qui lui manque. Aie donc bon courage, mon cher enfant, non pas en comptant sur toi, mais en comptant sur le bon Dieu. Fais tout ce qui dépend de toi ; prie avec ferveur pour t 'habituer aux saintes pensées ; travaille avec ardeur pour élargir tes facultés ; apprends beaucoup pour propager et défendre la vérité ; tiens ton esprit, ton âme et ton cœur en présence de Dieu, pour les retenir et les f)longer dans une atmosphère de lumière et de pureté ; détache-toi de toi-même pour t 'assimiler ces grands désintéressements du grand amour, qui viennent de Jésus-Christ .
» Après tous ces efforts, il te restera encore bien des faiblesses, bien des scories, bien des misères, bien des insuffisances, une bien grande disproportion entre le peu que tu es et la grande tâche qui t'attend. Mais il y a la puissance du Père, l'amour du Fils, la force du Saint-Esprit, le tendre patronage de la Très Sainte Vierge, l'appui vigilant de l'Ange gardien, le grand faisceau de forces qui s'appelle divinement la Communion des Saints. Tout cela t'entourera, te protégera, et tu sentiras doucement et efficacement tout ce (ju'il y a de fort et de fécond dans la bonne