CHAPITRE XVIir
volonté de l'homme et plus encore du prêtre, si faible soit-il, lorsque l'assistance de Dieu vient s'y ajouter.
» Eh bien, ami, voici mes deux souhaits : je te souhaite, dans cette année, qui sera une grande date dans ta vie, la bonne volonté que Dieu demande aux hommes ; je prie Dieu de t'accorder aussi, pour féconder tes bons vouloirs, la force et la grâce qui viennent de Lui. Et pourquoi ne te le dirais-je pas ? Il me semble que ces deux choses te sont déjà données, et que tu n'as qu'à demander à Dieu de te les continuer. "C'est mon vœu le plus cher qu'elles ne te manquent jamais, et ce vœu fait partie de ma tendresse pour toi et de mes espoirs pour l'avenir que le bon Dieu t'a réservé. » (1)
C'est d'Orthez qu'est datée cette lettre. Elle marque la fin des vacances sénatoriales de janvier. Quelques jours plus tard, Chesnelong est à Versailles, afin d'organiser la lutte imminente.
Il commence par faire appel à ses amis des dernières campagnes. Les meilleurs orateurs des deux Chambres, ]\DI. KeUer, de la Basset ière, de Ravignan, Depeyre, Ernoul, Baragnon, Lucien Brun, de Belcastel, etc., se groupent autour de lui. Ils ont perdu la bataille politique sur le terrain parlementaire ; ils vont l'engager, ou du moins la soutenir, sur lei terrain de la défense religieuse et sociale.
Pie IX vient de s'éteindre, obsédé de sinistres prévisions, mais saluant d'un regard affectueux les intrépides champions de l'Église. Son successeur n'a pas encore fait ses preuves ; il a l'apparence d'un vieillard débile.
(1) Lettre inédite, de janvier 187S.
C'est l'heure d'écraser sous les forces coalisées du suffrage universel, de la science athée et des passions sans frein le cléricalisme détesté. Pour faire face à l'attaque, Chesnelong prend tout d'abord position au Sénat.
Sous prétexte d'économie, la Chambre des Députés a voté la réduction du budget des Cultes, et, pour rallier l'opinion aux mesures de rigueur qu'elle a méditées contre la religion, elle persiste à désigner le catholicisme par l'injurieux surnom cher à Gambetta, et le dénonce à la France comme le mortel ennemi de Ja société moderne.
Avec une fierté qui intimide M. Varroy, rapporteur de la loi devant le Sénat, Chesnelong s'élève contre tant d'imposture.
On a parlé des empiétements du « cléricalisme. » Où sont-ils ? L'Ëghse est la première à défendre les droits de l'État ; mais elle réclame en même temps le respect de ses propres droits. « Si par cléricaux, s'écrie l'orateur, vous entendez désigner les catholiques invinciblement fidèles à leur foi, décidés à en défendre les droits partout, toujours, en dépit de toutes les attaques, au mépris de toutes les impopularités, oui, nous sommes des cléricaux, et, au lieu de repousser le mot comme un outrage, nous l'acceptons comme un titre d'honneur. Mais si par cléricaux vous entendez je ne sais quel parti qui voudrait exploiter l'Église à son profit, monter à l'assaut de la société pour la troubler et l'asservir, où donc est ce parti ? Où sont ses chefs, ses soldats ? Quel jour, à quelle heure, sous quelle forme, par quelle propo.sition s'est-il manifesté ? Ce parti-là n'existe pas, et vous le savez bien. Dans ce mot de cléricalisme, il n'y a qu'une fiction, commode pour l'injustice, un mot de guerre destiné à tromper l'opinion sur les intentions des catlioliques, et qui déguise une pensée de haine contre l'Église elle-même. Lcâchons le mot ; examinons les griefs.