‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 214 sur 302 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

» On reproche aux séminaires de ne plus enseigner cette Déclaration de 1082, à laquelle les adversaires de l'Église ne croient point. On déclare que l'existence des congrégations religieuses non autorisées est contraire à la loi, sans pouvoir citer à l'appui de cette thèse qu'une loi, celle de 1792, qui punit de mort, en cas de récidive, le simple port du costume ecclésiastique ; or, cette loi est tombée en désuétude devant la réprobation de la conscience publique. On reproche, enfin, aux œuvres catholiques d'être établies en violation de la loi de 1834, tandis que cette loi ne vise que les associations politiques dangereuses.

» Mais on ne se contente pas de produire des griefs sans valeur, on incrimine encore les tendances du parti catholique, que l'on prétend hostile aux exigences de la société moderne : incriminations injustes, indignations factices, frayeurs simulées, destinées à perdre le catholicisme dans l'opinion publique, à dissimuler le péril radical derrière le fantôme du cléricalisme, à détourner l'attention du danger véritable en faisant apparaître un danger imaginaire. Si l'on réussissait, si un jour venait où il n'y eût plus de France chrétienne, ce jour-là, il n'y aurait plus de France. »

Tel fut le fond de cette harangue où, s'élevant audessus des faits particuliers, dissipant toute équivoque, Chesnelong mit en présence les deux véritables adversaires, l'Église et la franc-maçonnerie, servie par la majorité radicale de la Chambre. Le Sénat dui s'incliner devant une démonstration sans réplique, et vota le rétablissement du crédit de 140.000 francs, dont la Chambre entendait réduire les bourses des séminaires.

C'était une victoire ; Chesnelong se garda de l'exagérer. Le maréchal, qui avait eu le tort de ne pas démissionner après les élections du 14 octobre, était devenu

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le prisonnier d'un nouveau ministère Dufaure (1), contraire à ses aspirations et à ses vues, malgré l'honnêteté personnelle et les principes religieux du président du conseil. Destitutions des préfets du précédent régime, rappel de M. de Gontaut-Biron, coupable d'avoir déplu à Bismarck, substitution arbitraire d'instituteurs laïques à des religieux enseignants, tous ces faits, auxquels s'ajoutent des projets qu'on ne songe plus à dissimuler, montrent le peu qu'est désormais le chef de l'État, entre les mains de la secte qui exploite son amour du pays.

S'il tombe, si le Sénat, qui le soutient mollement, finit par s'allier aux adversaires de l'Église, quelle arme en dehors de la prière, restera aux défenseurs du di'oit ?

Dès 1874, à l'Assemblée générale des Comités catholiques, Chesnelong avait signalé le pressant danger du pays : (( Je le dis avec tristesse, c'est l'erreur fondamentale et le malheur de notre temps, la France, en tant que nation, ne prie pas. »

A l'Assemblée générale de 1878, la nécessité de la prière fut développée avec plus d'ampleur et d'insistance, et le comte Charles de Nicolay émit le vœu suivant :« Qu'une union de prières soit formée dans toute la France, pour recommander aux associations pieuses, aux familles chrétiennes, en un mot à tous les catholiques, les intérêts de l'Église et du pays. »

Sous l'impulsion de Chesnelong, le Comité catholique s'efforça de réaliser ce vœu de l'Assemblée générale. Une commission fut constituée dans son sein pour propager les unions de prière. Elle se mit en rapport avec les communautés, les confréries et les associations déjà existantes, pour leur demander de concourir par leurs

(l) Ce ministère, où l'on rencontrait des modérés comme M. do Mnrcèn', renfermait aussi des libmmes tels que les protestants Waddington et de Freycinet.

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