‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 216 sur 302 · CHAPITRE XVI II 4G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI II 4G

libre du côté du Sénat, le 24 décembre, il part pour Rome, et fait demander une audience à Léon XIII.

Rien de plus émouvant que le récit de ses premières heures dans la ville papale. Il n'a amené qu'un seul compagnon, le comte Le Camus, dont la franche amitié lui laisse la libre disposition de son temps. A peine arrivé, il écrit à sa femme : « Je suis allé au Séminaire français, et j'y ai mis ma conscience en ordre," afin de pouvoir recevoir Notre-Seigneur, pendant mon séjour ici, dans les sanctuaires les plus vénérés. Je commencerai demain ces pieux pèlerinages. )i

Le pr janvier 1879, il assiste à la messe de Léon XIII, puis il écrit de nouveau à M™^ Chesnelong: (( Elle a été dite par le pape dignement, lentement, solennellement, avec une onction pénétrante et des accents qui allaient au fond de l'âme. Elle a duré trois quarts d'heure. Au moment de la communion, nous nous sommes avancés vers l'autel et agenouillés sur son unique marche. C'est là que le pape nous a donné Jésus-Christ. Ah ! je te le dis avec vérité, je n'étais pas seul en ce moment devant Dieu et devant le pape ; je vous tenais tous autour de moi, vous offrant à Dieu avec moi, pour obtenir une bénédiction qui s'étendît à tous. J'avais évoqué aussi la mémoire de nos chers absents, plus particulièrement celle de mon père et du tien, de ma mère et de la tienne, et de nos deux anges envolés, pour que toutes les meilleures tendresses de mon cœur se trouvassent groupées et comme soudées à mon àme, dans le bienfait de cette bénédiction (1). »

Après la piété, les affaires. Chesnelong est invité à

(l) Lettro inoilite.

dîner chez le duc Salviati (1), prince romain, chef des cathohques d'Itahe, « Itahen de la meilleure race, fin, gracieux, courtois, habile, mais très fervent et très dévoué à l'Église. » Il visite ensuite le cardinal Nina, secrétaire d'État, un saint prêtre digne et austère, plus homme de vie intérieure que profond politique. Mgr Gruska « distingué, jeune, savant, très au courant de toutes choses, » le supplée et le complète. C'est lui qui a annoncé au pape l'arrivée du pèlerin. « J'ai beaucoup de choses à demander et à dire à M. Chesnelong », a répondu Léon XIII.

Le jour de l'audience arrive. Le Saint-Père retient pendant une heure le vieil athlète de la papauté et de l'Église. En se retirant, Chesnelong connaît son nouveau chef, et le juge avec une remarquable clairvoyance : « Léon XIII, écrit-il, est un grand esprit et un grand caractère ; il sera un grand pape. Il y a en lui des trésors de réflexion accumulée, une vigueur d'âme qui, pendant cinquante ans, s'est formée et condensée dans le recueillement, et qui ne sera au-dessous d'aucune épreuve. Il connaît les choses et les hommes, non pas seulement par leur côté général, mais jusque dans les détails. Ses vues sont hautes ; sa sagacité est pénétrante et profonde. Usait, il veut et il fera. L'Église a un chef qui la conduira avec sagesse, qui n'aggravera jamaisles difficultés, mais qui ne reculera devant aucun devoir ni devant aucun péril. Il veut être l'homme de la pacification ; il sera, s'il le faut, l'homme de la résistance coiu-ageuse et inflexible. On peut être sûr, en le suivant, d'éviter à la fois toutes les témérités et toutes les défaillances. Il ne suscitera aucune lutte prématurée et inutile ; il ne reculera devant aucune lutte nécessaire. Il a

(1) C'est le duc Salviati qui, à la demande d'Adolphe Baudon, obtint du pape le j\ibil6 extraordinaire do 1879.

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