‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 217 sur 302 · CHAPITRE XVIIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIÏ

mesuré l'immensité de sa tâche, et il ne plie pas sous le poids (1). »

C'est ce pape de la conciliation et de la paix qui va subir le plus rude assaut livré à l'Église depuis la Révolution.

L'année 1878 a été relativement paisible. Sauf à l'occasion du centenaire de Voltaire, on y a observé la trêve de l'Exposition universelle. Mais elle a connu plus d'une déclaration de guerre, prélude des prochaines hostilités. Durant sa tournée du Lyonnais et du Dauphinée, Gambetta a nettement indiqué trois points importants du programme républicain : dispersion des congrégations religieuses, laïcisation de l'enseignement à tous les degrés, obligation du service militaire imposée aux clercs.

Jusqu'ici la composition du Sénat a retardé l'exécution de ces mesures. Or, le 5 janvier 1879, le Sénat se renouvelle en partie ; 66 sièges sur 82 sont attribués à des répubhcains ; désormais Chambre et Sénat vont marcher de pair à l'assaut du catholicisme.

Le premier résultat de cette coalition est la démission du maréchal de Mac-Mahon. Plutôt que de signer la révocation injustifiée des chefs de corps d'armée, ses anciens camarades, il se retire, et fait place à Jules Grévy. Trop modéré désormais, le cabinet Dufaure cède le pouvoir à un cabmet Waddington, qui confie à Jules Ferry le portefeuille de l'Instruction publique. Jules Ferry, Gambetta, Paul Bert, les trois principaux chefs du mouvement antireligieux, ont maintenant libre carrière.

Dès le 15 mars, Jules Ferry dépose deux importants projets, le premier ayant pour objet d'exclure du Conseil supérieur de l'Instruction pubhque et des Conseils

(1) Lettre inédite à M. Auguste de Ribes, janvier IS70.

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académiques les évêques et autres membres étrangers, par leurs fonctions, à l'enseignement ; le second relatif à la liberté de l'enseignement supérieur.

Ce dernier est pour les catholiques une véritable provocation. Suppression des jurys mixtes, attribution aux facultés de l'État du droit exclusif de collation des grades, interdiction aux établissements libres de prendre le nom d'universités, tout vise à la diminution de la loi de 1875. Mais l'article 7 du projet dépasse tout le reste en audace haineuse et en mépris du droit. Il est ainsi conçu : «"Nul n'est admis à diriger un établissement d'enseignement public ou privé, de quelque ordre qu'il soit, ni à y donner l'enseignement, s'il appartient à une congrégation non autorisée. » C'est la proscription de la Compagnie de Jésus et d'un grand nombre d'ordres enseignants.

A cette déclaration de guerre, les évêques répondent par de vigoureuses protestations adressées au président de la République et aux deux Chambres. De plus , la société d'Éducation et d'Enseignement prend l'initiative d'un pétitionnement qui promet, dès l'origine, un éclatant succès.

Un mois après, les catholiques accourent à Paris de tous les points du pays, pour s'encourager mutuellement à la lutte. A l'Assemblée générale de 1879, Chesnelong étale à tous les regards le venin des projets Ferry, et montre l'avenir que réserve à la France une éducation athée.

Sans doute, les congrégations autorisées, comme celles des Filles de Saint- Vincent de Paul et des Frères des Écoles chrétiennes, ne sont pas encore atteintes. « Mais, dit Chesnelong, on ne cache pas le dessein de les exclure de toute participation à l'enseignement public. Los impatients réclament une dépossession brutale, complète et immédiate ; les habiles veulent

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