CHAPITRE XVIII
Une telle fin de séance donnait confiance à la fraction conservatrice du Sénat pour le jour où, devant elle, l'article 7 viendrait en discussion. Quant à Chesnelong lui-même, il comptait beaucoup sur l'effet du pétitionnement, qui venait de réunir 1.809.115 signatures. Il comptait plus encore sur l'effet des nouvelles bénédictions qui désormais descendraient sur lui par les mains de son fils.
L'ancien élève d'Issy, l'ancien chef des catéchismes de Saint-Sulpice, avait été ordonné prêtre, le 21 septembre, à Orthez, sous les yeux de sa mère, et sa première messe venait d'être célébrée au milieu des siens. Ce jourlà même, un des compagnons de lutte du sénateur catholique, Adolphe Baudon, lui écrivait : ' Veuillez croire que, ce matin, où j'ai reçu votre lettre en me rendant à l'éghse, je me suis empressé de prier pour l'abbé Chesnelong. J'ai demandé à Dieu de faire de lui un bon prêtre, à la hauteur des circonstances, et comprenant ce que ne sentent pas toujours des hommes très vertueux, qu'il faut servir l'ÉgHse sans arrière-pensée, sans sentiment personnel, et avec une vraie largeur d'idées (1). »
Comptant sur cet heureux avenir, les supérieurs du nouveau prêtre l'envoyèrent à Rome, dès l'année suivante, afin d'y préparer ses grades théologiques et canoniques.
C'étaient là, pour Chesnelong, autant de sujets d'actions de grâces. Il voulut payer sa dette eu multipliant ses efforts en faveur de la hberté d'enseignement.
Son tour était venu de donner des conférences en
pour la première fois peut-être, au sénateur d'Orthez. c M. Chesnelong et M. Jules Ferry, dit-il, .sont aux prises, il. Chesnelong, soutenu par une conviction profonde, emporte un de ses plus beaux succès oratoires. « — Op. cit., t. IV, p. 478.
(1) Lettre inédite, du 21 septembre 1879.
province. Le 17 novembre, appelé à Poitiers par le cardinal Pie et M. Ernoul, il allumait au cœur de 2.000 auditeurs le feu sacré. Même succès, le 19, à Niort, puis à Toiu-s, qui doit être le terme de cette première expédition.
Partout l'enthousiasme déborde ; ce sont des ovations sans fin. C'est que le temps n'est plus où, doutant de sa vigueur physique, l'orateur abordait avec une secrète émotion les réunions poUtiques. Les luttes de l'Assemblée Nationale, la campagne monarchique, l'importance des intérêts qu'il défend à l'heure présente ont pleinement épanoui son talent. Il ne cherche ni le mot, ni la phraee ; il est à la fois lumineux et abondant. Il est convaincu et excelle à convaincre. Ardent comme tous les hommes de foi, il va droit à l'objection, il la saisit et la presse ; il la renvoie d'un geste superbe à l'imprudent qui osa la produire, et qui ne pourra plus, s'il est de bonne foi, la mettre en avant, tant elle lui revient brisée, mutilée, réduite en pitoyables débris. Il parle de l'Église avec une tendresse infinie ; il parle de la France avec l'ardeur d'un patriotisme rayonnant et contagieux. Il est ironique parfois : l'ironie n'est-elle pas l'arme française par excellence ? Mais quelle logique toujours, quel art et, à la fois, quel bon sens ! Comme il sait aller au fond des choses et démasquer l'hypocrisie de l'impiété ou de la haine maçonnique !
En ces années de combat sans merci, il doit être tour à tour sur la brèche au Sénat, à l'Assemblée générale des catholiques, dans les réunions de province. Le mois de décembre 1879 ne s'achève pas sans qu'il dénonce à la haute Assemblée une perfide manœuvre, que vient d'inventer Paul Bert. Reconnaissant que la laïcisation immédiate du personnel enseignant est impossible, il s'est mis d'accord avec le ministre pour laïciser les programmes. « Il est urgent, dit-il, de doter nos écoles