CHAPITRE XIX
Ces principes avaient guidé, dans sa lutte contre l'article 7, l'intrépide adversaire de Jules Ferry. Plus que jamais il lui fallait les invoquer, car la bataille allait continuer, ardente et acharnée.
Le 17 mars, le ministre de l'Instruction publique lit approuver solennellement, par un ordre du jour de la Chambre, sa pohtique relative aux congrégations, et, deux semaines plus tard, le 29 mars, pour suppléer à l'article 7, fit paraître les décrets de proscription. S 'appuyant spécialement sur les lois révolutionnaires de 1790 et de 1792, le gouvernement statuait : 1° que, dans le délai de trois mois, la Société dite de Jésus devrait se dissoudre et évacuer ses étabUssements ; 2° que toute congrégation non autorisée devrait, également dans le délai de trois mois, et sous peine de dissolution, demander l'autorisation, en soumettant au gouvernement ses statuts, ses règlements et le nombre de ses membres.
C'étaient huit à neuf mille rehgieux, près de cent mille religieuses, sacrifiés ou menacés.
En prévision de ces attentats, les sénateurs et députés cathoHques, Chesnelong en tête, avaient déjà constitué une commission parlementaire permanente. Les décrets une fois promulgués, cette commission convoqua les supérieurs des différentes congrégations, pour arrêter avec eux les bases de la défense commune. Les rehgieux persécutés demandèrent, de leur côté, la crégitiou d'un comité de jurisconsultes capables de les assister de leurs lumières. M. de Mackau en devait être un des membres les plus éclairés et les plus actifs.
On forma, en outre, un Comité de Défense religieuse placé sous la présidence de Chesnelong, et destiné à
diriger la lutte pour les libertés chrétiennes (1). Il comprenait deux sections, dont l'une se chargeait de recueillir les fonds nécessaires à cette lutte, tandis que l'autre se lançait vigoureusement dans l'action.
D'autre part, évêques et conférenciers catholiques multipliaient les protestations, et reprenaient, contre les décrets, le mouvement de pétitionnement qui avait réussi contre l'article 7. Une fois de plus MM. de Mun, Keller, Lucien Brun, de Belcastel, de BrogUe, de Meaux s'étaient partagé le pays, afin de le soulever contre l'oppression des consciences. IVIM, Ernoul, Depeyre et Baragnon, s 'étant joints à eux, se distinguaient entre tous par leur activité. Chesnelong leur donnait le mot d'ordre, et tout d'abord l'exemple d'un dévouement qui ne comptait, ni avec la fatigue, ni avec les déceptions.
On voyait cet homme de soixante-quatre ans, président du Comité cathohque, de la Société d'Éducation et d'Enseignement et du Comité de Défense religieuse, conseiller général de son département, membre du
(1) Le Comité de Défense religieuse avait été créé au sein du Comité catholique, Il eut pour origine la défense organisée par quelques catholiques de marque au profit des couvents menacés d'expulsion. M. de Mun avait été un des plus fiers champions des religieux assiégés dans leurs demeures ; il devait être, pendant deux ans, Valter ego de Chesnelong au Comit/é de Défense. Les lignes suivantes, qu'il adressait à son président, rappellent les circonstanoos tragiques de la naissance du Comité. « Notre organisation est maintenant, ici, bien en train ; il n'y a qu'à la compléter, à la fortifier, et svu^ut à la soutenir. C'est pour cela que, d'ici huit ou dix jours, ma présence est nécessaire ici. Les couvents sont, pour la plupart, fortifiés et bien gardés ; les laïques font preuve d'un a^lmirable dévouement ; la surveillance est minutieuse et aussi exacte que possible. C'est un véritable état de guerre, et rien ne soulève plus le cœur que ce spertacle odieux de treize couvents en état de siège, barricadés, non pas contre les Hindou.'î, mais contre le gou\emement de la France !
» Je vous demande de ne pas vous alarmer du mot Comité de Défense religieuse. C'est \ raiment une nécessité de situation. C^ nom s'impose malgré nous. Tout le monde nous le donne, et il faut bien l'accepter pour se faire comprendre. » — Lettre inédite.