‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 225 sur 302 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

conseil d'administration du journal Le Monde, parcourir les villes du centre, prononcer, à deux jours d'intervalle, des discours de plus d'une heure, subir, sans perdre sa bonne humeur, la fatigue d'installations incommodes, transformer en moyens d'apostolat de longs et fastidieux banquets, puis, la voix brisée, revenir à Paris, où siégeait depuis un an le Sénat, afin de défendre, devant la naute Assemblée, de nouveaux intérêts religieux.

Ce n'est pas seulement, en effet, contre^les couvents que s'exerce la haine du gouvernement franc- maçon.

En pleine crise des congrégations, Chesnelong est obligé de défendre, au Sénat, la loi de 1814 sur le repos du dimanche, et la loi de 1874 sur l'aumônerie militaire. L'entreprise des sectes contre la reHgion de l'armée . lui arrache un véritable cri d'angoisse : « Vous voulez chasser le prêtre de la caserne comme on chassait hier les évêques du Conseil supérieur de l'enseignement, comme on chasse les Frères et les Sœurs de nos écoles, comme on chassera demain les religieuses de leur maison de prière, c'est trop. Messieurs !... Au nom de nos soldats qui vous donnent leur vie, mais qui entendent garder la hberté de leur âme ; au nom de leurs pères et de leurs mères ; au nom du respect dû à la dignité de la vie comme à la majesté de la mort ; au nom de ce qu'il y a de plus sacré dans la foi et de plus inviolable dans la conscience, grâce, Messieurs, grâce pour l'aumônerie militaire (1) !...»

Au milieu de ces travaux, M. de Mun réclame son frère d'armes pour présider l'assemblée annuelle des Cercles catholiques d'ouvriers. Le discours de Chesnelong eât haché d'applaudissements, u Jamais, déclare-t-il. je n'ai vu un auditoire dans cet état (2). »

( 1 ) Séance du 22 juin 1880.

(2) Lettre inédite, du 27 avril 1S80.

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Enfin, c'est l'Assemblée générale des catholiques qui, au mois de mai, attend, comme de coutume, la parole et la direction de son président. Il y parle sur les droits de l'Etat en matière d'enseignement, dans leurs rapports avec les droits de la famille et de la religion, et il invite la multitude frémissante à se montrer calme dans la résistance, mais inflexible dans ses revendications.

A ce rôle pubKc et éclatant, Chesnelong joint son action silencieuse auprès du Comité de Défense. En 1880, ce Comité ne recueille pas moins de 160.000 francs, qui servent à propager le mouvement do résistance, à secourir les religieux dépouillés et les écoles chrétiennes qui subsistent. Il se crée des relations dans tous les départements. Quarante-six délégués, répartis sur tous les points du territoire, réussissent à susciter, en province, trois cent sept comités locaux. Les circulaires, les tracts, les brochures sont répandus à profusion, afin de répondre aux pubUcations calomnieuses et ordurières que colportent, de leur côté, les agences maçonniques.

Le mois de juin s'acheva parmi cette agitation. C'était, pour la compagnie de Jésus, l'échéance fatale. Le Sénat avait refusé, cette fois, de s'associer aux protestations des cathoHques. Devant les pouvoii's publics, la cause des rehgieux était perdue. Malgré une consultation signée d'un des oracles du barreau, M® Rousse ; malgré la démission de centaines de magistrats et de fonctionnaires, on résolut de crocheter la maison des Jésuites de la rue de Sèvres. Le 28 juin, au Cirque d'hiver, une suprême protestation des catholiques vint stigmatiser l'attentat. Plus de 4.000 d'entre eux acclamèrent

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