‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 226 sur 302 · CHAPITRE XTX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTX

Chesnelong, Lucien Brun et leurs vibrants appels en faveur de la liberté.

Le 29, en pleine nuit, deux commissaires de police, accompagnés de sergents de ville, pénétraient dans le couvent, enfonçaient les portes des cellules, arrachaient à leurs exercices des vieillards comme le P. Guzy, âgé de quatre-vingt-dix ans, puis les emportairent à travers les rangs de la foule prosternée sous leurs bénédictions.

Chesnelong, qui avait passé la nuit dans la maison assiégée, entra, à l'heure de l'exécution, dans la cellule du R. P. Matignon, son confesseur, et, lorsqu'un sergent de ville porta la main, en signe de violence, sur le vénérable religieux, il lui offrit son bras, et l'escorta jusqu'à la rue.

En province, le même jour qu'à Paris et presque à la même heure, toutes les résidences de Jésuites étaient forcées et leurs habitants expulsés (1).

Aucune réclamation officielle, aucune démarche retentissante n'eut lieu, de la part des victimes, contre l'iniquité qui les frappait. Quelques religieux voués à l'enseignement essayèrent seulement de travailler, à titre individuel, dans leurs anciens collèges confiés à des séculiers. Les plus en vue, comme les Pères Matignon et du Lac, affichèrent une sérénité et une paix dont Chesnelong lui-même était confondu.

Sans coup férir, le gouvernement avait eu raison de ces dangereux ennemis.

Restaient les autres congrégations, que l'on invitait à demander l'autorisation légale, avec l'intention arrêtée

(l) On sait avec quel c't)iirago les défenseurs des religieux tinrent à les assister lors des expulsions. Au lendemain de l'attentat contre les Jésuites de Lyon, Lucien Brun, malade, écrivait à Chesnelong : '< Ces brigands de crocheteurs m'ont tenu au froid, aux courants d'nir et à la pluie depuis sept heures du matin jusqu'à dix heures du soir. 11 (Lettre inédite.)

de la leur refuser. Prévoyant le piège, elles résolurent de faire cause commune avec les Jésuites, et de ne rien solliciter. C'était prendre vis-à-vis du ministère une attitude de combat dont on craignit, à Rome, les conséquences. Si les religieux, soutenus par le pape et les évêques, prétendaient unanimement se poser en victimes de la violence ou vivre en dehors des lois, ne pouvait-on craindre que la gauche radicale de la Chambre en prît prétexte pour faire hâter la dénonciation du Concordat ? Léon XIII le redoutait.

Il fit déclarer à M. de Freycinet, successeur de M. Waddington à la présidence du Conseil, qu'en refusant de demander l'autorisation, les congrégations ne cédaient à aucune arrière-pensée politique. Le ministre promit de se contenter de cette déclaration, si les supérieurs généraux la signaient, et de faire retarder indéfiniment l'exécution du second décret. Le cardinal Guibert consulté prit, à son tour, l'avis de MM. Chesnelong, Ernoul et Robinet de Cléry, qui, voyant dans la proposition du ministre un moyen de diviser entre elles les congrégations, conseillèrent l'abstention. C'est dans ce sens que se prononça, le 9 juillet, le comité des supérieurs.

M. de Freycinet, aussi bien que M. Grévy, répugnait aux crochetages en masse. Pour arriver à ses fins, il négocia directement avec Rome, appuyé par le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, Mgr Lavigerie, archevêque d'Alger, et quelques autres prélats.

Le nonce surtout secondait activement ses vues. C'était alors Mgr Czacki, habile diplomate, qui semblait vouloir déjà orienter les catholiques de France vers le ralliement à la République.

Ces diverses influences persuadèrent à Léon XIII que la déclaration des religieux, désirée par le ministre, présentait plus d'avantages que d'inconvénients. Il prescrivit à Mgr Czacki d'en arrêter le texte, pour lequel.

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