‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 227 sur 302 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

vraisemblablement, il s'en remit à sa prudence, et demanda aux cardinaux Guibert et de Bonnechose de le communiquer aux évêques, avec mission de le faire accepter, autant que possible, par les supérieurs d'ordre.

La déclaration contenait la phrase suivante : <( Pour faire cesser tout malentendu, les congrégations dont il s'agit ne font pas difficulté de protester de leur respect et de leur soumission à l'égard des institutions de leur pays (1). » Les religieux affirmaient ensuite rejeter toute solidarité avec les partis et les passions politiques, puis demandaient au gouvernement de les laisger continuer librement leurs œuvres de prière, d'instruction et de charité. Cette humble attitude, ces protestations de soumission à l'égard du ministère qui venait de frapper les Jésuites, choquèrent la fierté de plus d'un catholique. Le cardinal Guibert ne dissimula pas qu'il communiquait la déclaration par pure obéissance.

La première impression de Chesnelong fut pénible. Il admettait que la déclaration de non hostihté aux institutions du pays demandée aux religieux ne pouvait pas, en principe, être refusée, surtout lorsque le ministre lui-même semblait la solliciter ; mais il l'eût voulue autre et dans un autre langage.

« Telle qu'elle est. disait-il, elle m'a profondément attristé ; non pas que je fusse offusqué ou scandalisé de voir la cour de Rome épuiser la conciHation avant de protester ; non pas que cette politique me semblât étrange à force d'être nouvelle ; non pas que je méconnusse l'esprit de l'Église, qui ouvre les bras au moindre signe de retour, et qui ne lance ses foudi'es qu'après s'être vainement acharnée à ramener ses eimemis par la douceur et la condescendance ; non pas même que je m'enfermasse dans la préoccupation des événements du

(1) Cité par lo R. 1'. Lotamiot. L'Église de France sous la troisième République, t. II, p. 09.

jour et que je ne regardasse point aux conséquences du lendemain. Mais je pensais, à tort ou à raison, qu'avec un ton moins soumis et moins confiant, plus ferme sans être moins net, on aurait pu garder les avantages de la déclaration, sans s'exposer aux inconvénients de la rédaction telle que je la connaissais. Lorsque les Jésuites étaient et restaient frappés, après la démission des magistrats debout et la ferme attitude des magistrats assis, en présence d'un gouvernement qui ne pouvait garantir la modération relative qu'il promettait, et qui, d'ailleurs, attaquait l'Église dans ses droits et dans sa vie par tous les côtés à la fois ; lorsque, contre tout cela, nous n'avons plus rien en France que la force morale de la résistance chrétiemie ; lorsque, par conséquent, il importe d'entretenir cette force et de la maintenir dans son intégrité et dans sa dignité, j'attendais mieux et j'aurais mieux voulu que la déclaration telle qu'elle est. Bien ou mal fondée, ce fut mon impression, et je l'éprouvai très vivement. »

Après les plaintes discrètes et les regrets du politique, qui apprécie, du point de vue purement humain, un acte où l'autorité du Saint-Siège n'est pas directement engagée, la soumission filiale du chrétien : « En même temps, continue-t-il, je fus dominé par cette pensée que, le Saint- Père ayant autorisé et les évêques ayant conseillé, nous devions faire le sacrifice de notre sentiment propre ; que, devant le fait accompli, nous ne pouvions que nous incliner respectueusement ; que les chefs de l'Église n'ont pas seulement promesse d'assistance dans les matières de foi, mais aussi grâce d'état pour la diriger et la conduire... et j'ai passé quinze jours à écrire de tous côtés à mes amis, pour calmer les uns, ranimer le courage des autres, empêcher toute démarche importune et inopportune, arrêter tout ce qui aurait pu ressembler à une protestation, recommander à tous

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