CHAPITRE XIX
espoir d'obtenir des votes conformes à ses vues, mais pour éloigner l'échéance des mesures oppressives et pour émouvoir, en faveur des causes qu'il soutient, l'opinion du pays.
La première qui, après le triste exode des religieux, appelle son dévouement, c'est l'instruction chrétienne des jeunes filles. Elle est encore confiée aux 700 couvents de femmes que les décrets du 29 mars ont respectés. Mais un projet de loi déposé, le 27 mai 1879, par M. Camille Sée, a proposé d'ériger, en face de ces maisons, des collèges ou lycées de jeunes fiUes, placés sous la main de l'État, et où l'enseignement catholique sera remplacé par l'enseignement « moral. » On devine quelle déchéance religieuse fait présager cette substitution.
Cette déchéance voulue, la Chambre l'a votée ; au Sénat de se prononcer. 'Chesnelong lui propose de remplacer les mots : enseignement moral par les mots : enseignement mx)ral et religieux. « La neutralité qu'on se flatte d'observer est impossible, dit-il ; vos maîtres se montreront fatalement hostiles à nos croyances. Ce qui sortira de cette éducation, ce seront des générations athées et matérialistes, au moins pratiquement, et, par conséquent, à les prendre dans leur ensemble, absolument ingouvernables et prédestinées d'avance à tous les désordres et à tous les malheurs... ^lessieurs, il y a deux ordres de barbarie: l'une née de l'ignorance, l'autre sortie d'une certaine science, qui se fait centre au lieu de remonter plus haut, jusqu'au rayon d'où vient toute lumière ; qui nie Dieu et mène au matérialisme... On se relève de la première de ces barbaries, mais jamais de la seconde. Je vous le demande donc avec instance, songez au pays, et ne tentez pas une expérience qui l'atteindrait aux sources mêmes de la vie (1). »
(1) Discours du 22 ninemlire 1880.
Hypocrites négations et promesses illusoires, Jules Ferry n'épargna rien pour détruire l'effet de ce discours. Votée le 10 décembre 1880, complétée bientôt par la fondation de l'École normale supérieure de Sèvres, la loi Camille Sée créait ces « prisons intellectuelles, « décrites d'avance par Montalembert, qui devaient former tant de mères de famille sans religion et tant de déclassées sans conscience.
Il fallait maintenant décourager les religieuses enseignantes en multipliant les entraves à leur action. La plupart exerçaient leur charge en vertu d'une « lettre d'obédience » délivrée par leurs supérieures ou par l'évêque, après trois ou quatre ans de postulat. Sous prétexte d'égalité, on prétendit les astreindre, comme les institutrices laïques, au brevet de capacité.
Chesnelong prononça, en faveur du statu quo, deux discours aussi étudiés que vigoureux. Il ne put obtenii* l'exemption du brevet qu'en faveur des directrices et adjointes âgées d'au moins trente-cinq ans, et justifiant de cinq années de services. Il ne devait pas être plus heureux, le 5 avril suivant, en combattant la gratuité absolue de l'enseignement. Avec de pareilles Chambres, les cathohques étaient, pour ainsi dire, battus d'avance. Heureusement, la Chambre des Députés devait se renouveler en 1881. Il y avait là, pour Chesnelong, une lueur d'espoir.
Témoin des divisions politiques des conservateurs, il ne comptait guère sur les fidéhtés dynastiques pour raUier les électeurs. Voyant plutôt dans les préoccupations de ce genre une cause d'émiettement, il désirait le groupement des électeurs catholiques sur le terrain des libertés de l'Église. C'était entrer partiellement dans les vues du nonce Czacki, qui, afin de supprimer