‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 230 sur 302 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

les divisions entre catholiques et l'hostilité du pouvoir établi, insinuait maintenant l'utilité de l'adhésion au gouvernement républicain. Chesnelong, toutefois, était loin de le suivre jusque-là ; il se raidissait même contre des tendances qu'il prévoyait décevantes et grosses de périls.

D'autre part, il voyait les chefs reconnus des catholiques, ses compagnons de lutte les plus dévoués et les plus chers, Lucien Brun, Albert de Mun, affirmer plus haut que jamais leur fidéhté monarchique. L'évéque d'Angers, Mgr Freppel, récemment entré à la Chambre comme député, les soutenait de sa parole et de sa plume.

Avec l'approbation du comte de Chambord, M. de Mun avait récemment prononcé un discours très éloquent, mais d'inspiration très royaliste, dont Chesnelong redoutait l'effet sur les élections en Bretagne (1). Inquiet de ces divisions, il voulut avoir un mot d'ordre, et se décida, encore une fois, à partir pour Rome.

Lyon était sur sa route. A la suite d'une invitation de Lucien Brun, qui lui promit le silence sur les idées ({ui les séparaient alors, il fit, devant 4.000 personnes, une conférence électorale, malgré les « rouges, » qui n'osèrent, ni entraver la réunion, ni même manifester.

Quelques jours après, en pleine Semaine sainte, il

(1) 11 écrivait, le 25 mars 1881, à M""** Chesnelong : u Tu avirois vu la lettre du comte de Chambord à M. do Mun. Elle n'accroîtra pas les chances (d'entente entre catholiques). Tu auras \ii aussi l'article de VAurora de Rome sur le discours de de Mim. Il est i*aide pour les royalistes. Quel gâchis ! Quant à moi, jo ne suis content ni de la lettre, ni de l'article. Dans la lettre, c'est un royali.sme envahissant, qui met sur le môme pied l'Église et la monarchie, Dieu et le Roi. Dans l'article, c'est un opportunisme trop italien et pas assez français, qui. pour éviter la solidarité de l'Église avec un parti politique, glisserait aisément à l'acceptation de la République et à vmo indifférence politique qui n'est pas possible devant le gouvernement persécuteur que nous subissons. » — Lettre inédite.

débarquait à Rome, et se rendait à la procure de Saint- Sulpice. Le supérieur, M. Captier, lui procurait tout d'abord la joie d'embrasser son Emile, devenu l'édification et le charme de la résidence.

Le Jeudi-Saint, il fut présenté au cardinal Jacobini, secrétaire d'État. « C'était un petit homme fait en boule, d'une physionomie agréable et intelligente, avec des yeux très perçants et très vifs, manquant un peu de majesté, mais gracieux, sagace, voyant vite et bien, jugeant sainement et sûrement, très fin, très mesuré, avec de la fermeté dans les idées et dans la décision. »(!) — « Il m'a très vivement intéressé, écrivait Chesnelong ; je crois lui avoir fait très bonne impression. Il me l'a très chaudement et très abondamment témoigné, me remerciant beaucoup, me demandant de parler au pape comme je lui avais parlé à lui-même, et m'annonçant une audience que le Saint- Père serait heureux de m 'accorder (2). »

Le lendemain, vendredi, Chesnelong, accompagné de son fils, allait faire ses dévotions à Saint-Jean-de- Latran. Il assista au chant des Lamentations. Ce fut, pour son âme vibrante à toutes les beautés, une révélation inoubliable.

« La prière de Jérémie, écrivait-il, a été le morceau capital. Le Christus mortutis est de la fin remuait l'âme jusqu'en ses profondeurs. La cérémonie a été terminée par le chant du Miserere. Ceci dépasse tout ce que j'aurais pu imaginer. C'était éloquent, c'était harmonieux, c'était déchirant. Tantôt la douleur et le repentir s'exprimaient dans des notes plaintives et désolées, tantôt la prière et la confiance en Dieu éclataient en des accents purs et vibrants, et, par intervalles, le cri de la douleur et celui de l'espérance, la souffrance amère du remords,

(1) Mémoires inédits,

(2) Lettre inédite à M"»*" Cliesnelong.

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