‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 232 sur 302 · CHAPITRE XrX 5()i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XrX 5()i

L'organisation électorale basée sur l'union des catholiques était toujours combattue par les légitimistes d'extrême droite, (1) s'autorisant des instructions du comte de Chambord. Découragés, désorganisés, les conservateurs luttèrent sans ensemble, de sorte que les élections des 21 août et 4 septembre 1881 donnèrent aux hommes du gouvernement une éclatante victoire : quatre cent soixante républicains furent élus, contre une centaine de monarchistes de toutes nuances.

Le chef du cabinet ne devait pas recueillir les fruits de ce succès. Discrédité pour l'expédition de .Tunisie. Jules Ferry quitta le pouvoir à la rentrée des Chambres, et Gambetta, ayant recueilli sa succession, confia à

(l) A leur tête figurait ^I. de Mun, qui était alors, en France, le porte-parole le plus brillant du comte de Chambord. Une situation politique aussi en vue lui rendait difficile le maintien d'une action commune avec Chesnelong, qui s'inspirait désormais de vues un pou différentes. Embarrassé de jouer à la fois le rôle d'orateur légitimiste à la Chambre et de conférencier excliusiveraent catholique dans les réunions ayant pour objet la défense de l'Église, il donna sa démission du Comité de Défense religieuse. (28 septembre IS81.) Pondant deux ans, il avait travaillé aux côtés de Chesnelong avec un dévouement sans bornes. Celui-ci qui, vu les difficultés des circonstances, n'avait pas voulu l'influencer, souffrit cruellement de son départ. « Vous no pouvez pas, lui écrivit-il, accepter en conscience la responsabilité de continuer notre oeuvre d'hier ; je ne puis pas en conscience abandonner la pensée qui avait inspiré cette œuvre. Nous nous séparons donc dans un moment où l'imminence des périls religieux semble imposer à tous les hommes de foi le devoir d'une union plus étroite ; aussi je sens, malgré moi, s'échapper de mon âme un cri, non de découragement, mais de douleur. Oui. le bien est difficile, et c'est un temps particulièrement malheureux que celui où des hommes tels que les membres de notre Comité de Défense sont obligés de se séparer, parce qu'ils ne peuvent pas s'entendre pour une action commune. Cette séparation, toutefois, ne doit pa-s être, ne peut pas être une rupture. Nos âmes se sont touchées, nos cœurs se sont identifiés par trop de côtés : il s'est formé entre nous, sous le regard de Dieu et pour son service, une trop religieuse amitié pour qu'elle puisse jamais s'affaiblir. Je compterai toujours sur la votre, et vous trouverez toujours la mienne fidèle, sûre, cordiale et dévouée. » — Lettre inédite, G septembre 18SI.

Paul Bert, l'implacable ennemi de l'Église, le ministère des Cultes. C'était, selon la remarque d'un journaKste du temps (1), un ministre « contre les Cultes. »

Ce « grand ministère », comme on l'appelait, ne vécut que quelques semaines, assez toutefois pour dresser contre l'Église de nouvelles machines de guerre.

Tombé sur la question du scrutin de liste, Gambetta céda la présidence du Conseil à M. de Freycinet, et Jules Ferry reprit l'Instruction publique et les Cultes.

Il n'était pas homme à laisser en détresse la loi sur la laïcité et l'obligation de l'enseignement primaire, repoussée en partie par le Sénat. Son projet revint donc devant la haute Assemblée, le 11 mars 1882. Les orateurs de droite reprirent avec intrépidité cette lutte ingrate, et forcèrent littéralement Jules Ferry à leur arracher sa « loi de maUieur. »

Jules Simon se fit de nouveau le champion de Dieu contre les tenants de l'instruction morale et civique. Chesnelong ne put s'empêcher de faire entendre une dernière protestation contre cette loi fatale, au nom du respect dû à l'autorité paternelle et à la liberté de conscience. Il défendit de nouveau le droit des pauvres privés de l'accès à l'école hbre. Il dénonça, dans les prétentions de l'État, une tyi*annie, et même une idolâtrie. L'éducation sans Dieu donnée au nom de l'État constitue, dit-il, « une idolâtrie nouvelle, plus radicale encore que l'idolâtrie antique, car celle-ci défigurait Dieu, mais ne le niait pas. La vôtre nie Dieu et déifie l'homme (2). »

Cette fois, la majorité servile du Sénat obéit au mot d'ordre des Loges, et, le 28 mars 1882, vota la loi d'où devait sortir l'école athée. Quelques semaines après, les laïcisations se multipliaient dans toutes

(1) Johii Leinoinno.

(2) Journal officiel, 17 mars 1882.

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