‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 233 sur 302 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

les provinces, les crucifix étaient enlevés des salles de classe, brisés ou jetés au tombereau des immondices.

Jamais le talent de Chesnelong ne s'est affirmé avec autant d'éclat que dans cette campagne ; jamais il n'a recueilli, même de la part de ses adversaires, d'aussi unanimes éloges ; jamais son caractère ne lui a concilié à ce point l'universelle sympathie (1) ; mais à quoi bon des triomphes personnels, quand l'Église subit de pareils assauts ?

Le clergé chassé du Conseil supérieur de l'Instruction publique et des Conseils académiques, les instituteurs et institutrices officiels formés dans des écoles normales d'où Dieu est à peu prés banni ; les religieuses

(1) Dès le mois de novembre 1880, Chesnelong, écrivant aux siens, faisait connaître, dans l'intimité, l'idée qu'avaient de lui les hommes du gouvernement, a Je viens de voir le nonce (MgrCzacki). Nous avons beaucoup causé. Il est très remarciuablement intelligent, prend son rôle très au sérieux, et connaît déjà la situation, hommes et choses. Il m'a entretenu avec un abandon absolu, et m'a demandé d'aller le voir souvent. 11 m'a tout raconté de ses rapports avec les différents ministres. Il m'a dit qu'il avait été frappé d'une chose, c'est du respect illimité — c'est son expression — que tous ces personnages professent pour moi dans leurs paroles. Un jour, parlant avec l'un des plus considérables, qu'il ne m'a pas nommé, celui-ci lui disait que le parti clérical compromettait la religion en France, que ce parti se composait d'ambitieux sans foi et sans bonne foi, qui se servaient de la religion comme d'un instrument et s'en couvraient comme d'un manteau. Le nonce protestait avec énergie et indignation. On arriva aux noms propres. Sur plusieurs, la discussion fut rude. — « Et M. Chesnelong, dit le nonce, vous ne m'en parlez pas : dois-je aussi défendre celui-là ? — Xon, répondit le personnage, nous mettons c-elui-là • à part. C'est un honnête hon\me, un homme de talent et de convic- ■ tion ; il est respecté par tous les partis, et, pour mon compte, je " l'honore beaucoup. » — Le nonce a ajouté : i Votre part est belle ! Vous forcez le respect de vos adversaires ; tous les catholiques de " toute nuance ont confiance en vous ; à Rome, cette confiance est » entière. J'aurais dû vous dire, dès le premier mot, qu'au moment où » je pris congé du pape et où il me donna ses dernières instructions, » il me chaigea spontanément « de dire à 51. Chesnelong qu'il lui I envoyait une bénédiction spéciale. » — Lettre inédite.

enseignantes astreintes aux brevets et en butte à des tracasseries sans nombre, enfin l'enseignement public décrété gratuit, laïque et obligatoire, tel est le résultat de la lutte engagée depuis trois ans.

L'opinion religieuse est profondément troublée ; elle n'attend qu'un mot d'ordre pour résister aux lois scolaires et les tenir comme non avenues. La résistance, Rome l'approuve sans doute, mais seulement sur le terrain de la loi et du droit commun ; de plus, l'immense majorité des évêques se borne à conseiller la création d'écoles libres et à prescrire la surveillance de l'école pubUque, avec l'explication du catéchisme aux heures légalement permises.

Le journal V Univers s'indigne de ce qui lui paraît une faiblesse, et continue de prêcher la résistance absolue.

Toujours soumis aux légitimes pasteurs, Chesnelong entre résolument dans la voie tracée par eux, et, grâce à la Société d' Édiication, dont il élargit la sphère d'action, prend la conduite du mouvement. « En quelques mois, le nombre des membres de la Société passa de quelques centaines à plus de deux mille ; son Bulletin fut rendu mensuel, et alla, par toute la France, soutenir le courage et guider les efforts des amis de la liberté de l'enseignement et des défenseurs des droits paternels. Tous les comités établis en vue de fonder et de soutenir les écoles libres entrèrent en relation avec elle ; d'autres surgirent nombreux, à la suite de ses sollicitations et de ses démarches. Son Comité du contentieux, présidé par le doyen de la Faculté cathohque de droit de Paris, M. Merveilleux du Vignaux, consulté de toutes parts, dut commencer à se réunir chaque semaine, ce qu'il n'a cessé de faire depuis, pour fixer l'interprétation de l'œuvre législative, déterminer les limites légales de son apphcation, et

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