‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 236 sur 302 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Le prince qu'il avait servi avec un suprême dévouement, comme le sauveur rêvé de la France chrétienne, venait de disparaître (24 août 1883), laissant une succession disputée et un héritier jusqu'à nouvel ordre impuissant. Les catholiques tendaient à former deux fractions presque rivales : les monarchistes, partisans décidés de l'union des deux causes reUgieuse et politique, les indépendants, qui, sans se rallier encore à la forme

Champs, comme plus tard de La Chapelle, des établissements modèles ; avoir inauguré à Notre-Dame cette œuvre de conférences réservée à tant de gloire ; avoir exercé sur les plus hautes intelligences de ce temps un ascendant accepté ; avoir préparé le triomphe, hélas ! bien compromis aujourd'hui, de la Uberté de l'enseignement, comme écrivain, par les plus remarquables travaux dans la Conunission d'où sortit la loi de 1850, puis par le charme de la vive et ardente éloquence à laquelle M. Thiers et M. Cousin lui même ne résistèrent pas ; avoir illustré son épiscopat par la parole, par les écrits et par les œuvres ; avoir défendu la souveraineté pontificale avec des accents dont lui seul était capable, et avoir glorifié les victimes de Ceistelfidardo par des hommages qui no seront jamais dépassés ; être entré à l'Académie avec une incomparable majesté et s'en être retiré avec une dignité souveraine ; avoir pleuré sur les douleurs de la patrie à l'époque de ses grands revers et avoir consacré les dernières années d'une noble vie à préparer son relèvement ; avoir rendu, dans l'Assemblée Nationale, par le respect dont sa personne était entourée et par l'énergie d'une éloquence faite de foi, de raison et de flamme des services immort^'ls à la cause des libertés religieuses ; plus tard, avoir défendu au Sénat, par les plus vaillants efforts, cette grande cause menacée et avoir couronné tant de nobles combats par la magnifique protestation contre le centenaire de Voltaire ; en un mot, avoir été un grand orateur, un grand écrivain, un grand combattant, un grand évêque, et aussi un grand esprit, une grande âme et un grand cœur ; avoir eu ainsi une grandeur propre, où semblaient s'être réunies, comme en un faisceau vivant, toutes les grandeurs qui peuvent consacrer un nom et l'immortaliser, quelle destinée !...

» Ce fut celle do Mgr Dupanloup. En une heure seulement de cette noble existence, plusieurs de ses admirateurs, — et, je le dis avec sincérité, j'étais de ce nombre — virent avec regret le grand évêque contester l'opportunité d'une définition nécessaire, et défendre son sentiment avec une ardeur très loyale, mais aussi très vive et peut-être un peu impérieuse ; mais avec quelle généreuse abnégation, avec quelle foi admirable il s'inclina devant la décision qu'il n'avait pïw désirée ! » — Lettre inédite, du IG juin 1383.

républicaine, ne la repoussaient pas de parti pris, et entendaient organiser d'abord l'action sur le terrain

purement religieux.

Toutefois, pour suppléer à toutes ces faiblesses, Chesnelong disposait toujours de puissants moyens. Son ascendant restait considérable sur le Sénat, qui, plus d'une fois encore, devait repousser ou ajourner, à sa voix, de dangereuses mesures. Le Comité catholique qu'il présidait à Paris étendait chaque jour son influence, sans parler des comités de province. On sait queUe puissance était devenue l'Assemblée générale des CathoHques, avec ses harangues solennelles, ses revendications et ses vœux portés annuellement, par la presse, jusqu'aux derniers villages.

Le Comité de Défense religieuse n'a été d'abord, on le sait, qu'une section du Comité catholique. Il a pris ce nom lorsqu'il s'est agi de protéger les congrégations injustement poursuivies, et de pourvoir au maintien de l'enseignement chrétien. Il est l'âme de la résistance aux entreprises maçonniques contre les couvents et les écoles hbres. Pendant deux ans, Chesnelong l'a dirigé de concert avec M. de Mun, et cette collaboration a été l'origine d'une amitié que ne briseront, ni la diversité des préférences politiques, ni la différence de tactique dans l'action sociale. Aujourd'hui, Chesnelong préside seul ces deux œuvres, qui ne lui ont jamais demandé autant d'efforts.

La Société d'Éducation et d'Enseignement présente, elle aussi, un arsenal des mieux pourvus. Elle groupe dans son conseil les catholiques les plus en vue de la capitale.

Tous sont pour Chesnelong, non seulement des collaborateurs, mais des amis éprouvés. Ses comités travaillent sans relâche.

Page 1