CHAPITRE XX
Le Comité d'enseignement primaire, que préside M. Keller, se préoccupe d'assurer des ressources aux écoles libres ; il étudie et surveille les manuels d'enseignement civique récemment adoptés dans les écoles de l'État, examine les livres de classes et les livres de prix destinés aux établissements chrétiens.
Composé de jurisconsultes empruntés à l'ancien conseil d'État, à la magistrature démissionnaire pour raison de conscience et au barreau de Paris, le Comité du contentieux se réunit chaque semaine avec une assiduité exemplaire. Défenseur énergique de tous les fondateurs et bienfaiteurs d'écoles libres, il s'attache à préserver de la confiscation les biens des anciennes fondations, et publie des commentaires autorisés sur les lois, décrets et arrêtés ministériels relatifs aux questions scolaires (1).
On peut dire que, avec le dévouement des curés de campagne, qui se privent parfois du nécessaire pour assurer l'existence de leur école, la Société d'Éducation est la seule force qui arrête, dans ses inquiétants progrès, le mouvement de laïcisation.
Malgré l'imminence du danger, les catholiques, nous l'avons dit, sont divisés. Beaucoup suivent l'impulsion de V Univers, sans remarquer assez que le journal, tort d'un glorieux passé, se préoccupe trop peu d'adapter ses doctrines absolues aux multiples difficultés de l'époque. D'autres, en très petit nombre, fatigués de la lutte, ou désespérant d'une restauration monarchique, incHnent vers l'acceptation du régime, dont ils espèrent l'assagissement. Chesnelong représente une opinion moyenne : conserver ses préférences d\Tiastiques, et, le jour venu, parler et agir dans le sens de ses
(1) Cf Fénelon Gibon, La Société d'Éducation {L<i Quinzaine, n« du l" mars 1895).
convictions ; en attendant, ne pas susciter au gouveruements d'opposition systématique, mais contrarier par tous les moyens ses entreprises contre la conscience chrétienne, tel est son programme personnel.
Tel sera aussi, de plus en plus, le programme du Monde, le journal préféré de Chesnelong. Depuis peu, û en préside le conseil d'administration ; bien plus, selon le mot d'un de ses collègues, « le conseil, c'est lui. »
Il importe de faire entendre aux catholiques des paroles de sagesse et de mesure aussi bien que de courage. On ne peut espérer les atteindre que par le prestige d'hommes de talent, assurant une rédaction aussi vivante que variée.
Afin de fortifier son journal, Chesnelong s'assure d'abord la collaboration de Mgr d'Hulst, dont le seul nom deviendra bientôt un appui solide et une glorieuse enseigne. C'est l'éminent recteur qui, le premier, a sollicité les services de Chesnelong. Afin de mettre en contact les étudiants de sa maison avec les grands chefs catholiques, il a eu l'idée de réunir ceux-ci une fois la semaine, et Chesnelong a été convié, des premiers, aux jeudis de l'Institut catholique. Désormais une amitié faite d'absolue confiance et d'aspirations presque identiques unira ces deux hommes ; Mgr d'Hulst, avec l'autorité de sa personne et de sa plume, contribuera, plus que tout autre, à la fortune du Monde.
A M. de Claye, rédacteur en chef fort dévoué et désintéressé, on maintient le concours d'Oscar Havard, chroniqueur distingué, qui donne beaucoup de vie au journal. Edouard Drumont, alors à ses débuts, marquera son trop court passage au Monde par quelques brillants articles.
Hélas ! la note mesurée n'est guère favorable, d'ordinaire, à l'avenir d'un journal. Malgré l'appui du Saint-
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Père et d'un grand nombre d'évêques, les finances du Monde périclitent toujours.
Pour les maintenir en équilibre, Chesnelong fournira gratuitement au journal des articles, et multipliera les appels en sa faveur, dans les diverses villes où il donnera des conférences.
Ce n'est pas trop de tous ces moyens pour lutter contre l'hostilité croissante du pouvoir.
La Chambre a pris en considération les projets de Jules Roche, de Boysset et de Paul Bert menaçant le Concordat d'une prochaine dénonciation. Dans un discours prononcé à l'ouverture de l'Assemblée générale des catholiques de 1884, Chesnelong a réfuté à Favance tous les sophismes des spoliateurs de 1906 (1).
Le Congrès réuni à Versailles, du 4 au 13 août 1884, pour une révision partielle de la constitution, vient de supprimer les prières publiques ordonnées par la loi du 16 juillet 1875, et il délibère sur un article déclarant que la forme républicaine du gouvernement sera désormais définitive.
Laisser passer cet article sans protestation serait, de la part de Chesnelong, un démenti à son passé. Il proteste donc, et en termes tels, que ses compatriotes béarnais, présidés par M. de Gontaut-Biron. se réunissent en un banquet pour l'acclamer.
Mais il n'en a pas fini avec l'offensive anticléricale. Successivement la loi municipale restreint, dans d'injustes proportions, les droits du clergé ; par la loi de finances pour 1885, la Chambre retranche 4.856.000 francs au budget des cultes ; la franc-maçonnerie décide de laïciser
( 1 ) La Séparation de l'Église et de VÉtat. — Discours prononcé p«tf M. Chesnelong. le 13 mai 18.S4, à ronvortiire du Congrès catholique. — Paris, Le\ é.
les hôpitaux, et l'odieuse opération s'exécute, en commençant par les hôpitaux parisiens ; les aumôniers eux-mêmes sont éloignés du chevet des mourants ; enfin, après trois ans d'efforts, le juif Naquet réussit a à faire voter par la Chambre sa loi sur le divorce.
Que va faire le Sénat? En termes indignés, Chesnelong stigmatise cette dernière loi, qui est un outrage à la religion et à la nature ; avec lui, MM. Jules Simon, Allou, Denormandie et Lenoël font entendre les plus sévères protestations. Vains efforts ! La majorité du Sénat, comme ceUe de la Chambre, se range du côté d'Israël.
Presque seul à lutter désormais contre la puissance des sociétés secrètes, Chesnelong reconnaît que son influence diminue auprès de ses collègues. Comme toujours, la haute Assemblée l'applaudira, et, tout en lui témoignant beaucoup d'égards, votera contre lui. Aussi n'est-ce pas devant elle qu'il porte ses protestations les plus émues contre les attentats des Naquet et des Paul Bert. Il a besoin de foules qui vibrent à ses anathèmes et à ses colères, et c'est dans les assemblées de catholiques qu'il lance les cris qui font jaillir les salutaires réprobations.
« Ils veulent nous faire marcher sur la croix ! » s'écrie-t-il au Congrès de Rouen, et, après avoir dénoncé l'insupportable audace des francs-maçons qui traitent la France en pays conquis, il énumère les progrès de leur oeuvre de mort.
Où s'arrêteront-ils ? Ce n'est pas seulement des écoles de garçons qu'ils prétendent chasser Dieu. Leurs projets s'étendent aux écoles de filles.
(( Mais ces jeunes filles seront demain des épouses et des mères. Y pense-t-on bien? Quoi, cet amour qui se donne, cette générosité qui s'oublie, cette grâce qui se répand, cette foi qui ne connaît point d'ombre, cette