CHAPITRE XX
piété qui s'exhale comme un parfum, cette vertu qui est faite de douceur et de grâce, cette puissance de la prière et des larmes, ce chef-d'œuvre de bonté et de pureté qui s'appelle la mère chrétienne, c'est là ce que vous voulez déformer ! Vous voulez ravir à nos foyers cette couronne, à la société cette sauvegarde, à la patrie française ce lustre et cet honneur ! Ici, Messieurs, je ne discute pas ; je dénonce cet attentat à tous ceux qui ont le bonheur d'être les fils d'une mère chrétienne, soit qu'ils la possèdent encore près d'eux comme la garde de leur vie, soit que, l'ayant perdue, ils en conservent dans leur cœur le souvenir respecté et aimé comme une bénédiction. Qu'ils parlent donc ; qu'ils parlent tous ; qu'ils parlent avec l'accent de l'indignation révoltée. Qu'ils marquent cette loi qui nous blesse dans notre foi et dans notre tendresse, dans nos respects et dan.s nos fiertés, d'un de ces stigmates qui sont le châtiment des grandes profanations (1) ! »
Après Rouen, où l'avaient appelé MM. Paul Allard et Suchetet, Lille entend ses revendications en faveur des faibles qu'on opprime. Le principal organisateur du mouvement catholique dans cette ville, ]\L de Caulaincourt, ne se lasse pas de recourir à sa parole ; des hommes comme le doyen de la Faculté catholique des lettres, M. Amédée de Margerie, se font honneur de travailler d'après ses plans ; enfin il retrouve à Lille, au foyer de son fils Pierre, déjà renommé comme avocat, la vie de famille, toujours pour lui si douce et si désirée.
C'est là, dans ces séjours auprès des siens, que se rajeunit son ardeur. Il sent que, favorisé comme il
(1) Coiiférenoo à la clôture du Congrès des catholiques de Normandie, Rouen, le 25 novembre 1883.
l'est du côté domestique, il doit à Dieu un dévouement qui, tout en se prodiguant, n'égalera jamais la reconnaissance au bienfait.
Il connaît, il est vrai, comme tout père de famille qui avance dans la vie, les tristesses des deuils répétés. Au mois d'avril 1883, il a perdu son beau-frère, M. Riquoir, au moment même où il s'apprêtait pour les funérailles du comte de Chambord ; sa sœur Félicia, l'ange du foyer d'Orthez, mène depuis des années, une vie de souffrances discrètes et résignées ; son confident, l'abbé Barbe, n'a pu se fixer, comme vicaire général, auprès de Mgr Sourrieu, évêque de Châlons, et il vient d'abriter sous le toit de Mgr Gouzot, archevêque d'Auch, sa vieillesse désabusée.
Chesnelong trouve dans ces événements sa part de déceptions et d'alarmes ; mais, à côté, quelles magnifiques compensations !
Emile, le jeune prêtre aimé, est récemment rentré à Paris, avec ses lauriers conquis à Rome, et le cardinal Guibert lui a confié un des postes de début les plus enviés de son diocèse : il est vicaire à Saint- Augustin. Entre deux séances au palais du Luxembourg, son père monte à son appartement, entend les confidences de ses premiers projets de zèle, jouit de ses premiers succès : c'est un ravissement. Mais c'est surtout en Béarn, au milieu de la famille réunie pour les vacances, que la présence du vicaire parisien est un élément d'allégresse. On passe les beaux jours à la maison de campagne d'Ozenx. Le sénateur y a son cabinet de travail. Dans une gracieuse chapelle, récemment construite, on a dressé un autel, et le jeune prêtre, ayant le matin célébré la messe pour les disparus de la famille, y bénit, après la prière du soir, tous les survivants agenouillés.
On fête, dans cet humble sanctuaire, les grandes dates de la vie écoulée. Il en est une que Chesnelong