‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 24 sur 302 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

breuse famille. Tu n'en arriveras que plus tôt, et à ta guise, à la position pour laquelle il t'a fait. Seras-tu ministre ? Je ne le sais ni ne le souhaite. Homme d'État dans l'ordinaire acception du mot ? Député ? Préfet ?^ Peu importe ; mais ce que j'affirme, c'est que ta vie se trouvera fortement mêlée à la vie de tes concitoyens, qu'autour de toi s'exercera ton influence, que tu le veuilles ou non, et que rien ne se fera de grand et d'utile dans ton pays sans que tu t'y trouves mêlé (1). »

Le bon sens et la droiture du conseiller général lui étaient, dans les cas difficiles, une lumière infaillible. Dans un pays où les luttes entre protestants et catholiques n'étaient pas éteintes, où Basques et Béarnais se mesuraient de l'œil, où les mœurs espagnoles se heurtaient parfois aux mœurs françaises, il trouvait moyen, à force de justice et de bonne humeur, d'apaiser les différends et d'établir partout l'harmonie.

La nomination des maires venait d'être attribuée par lempereui aux préfets. j\L Laity se connaissait en hommes ; il avait deviné en Chesnelong un administrateur hors paix : il lui confia la mairie d'Orthez.

A cette nouvelle, le vieil ami du collège de Pau, devenu avocat à Paris, tressaille d'aise une fois de plus : « Te voilà maire d'Orthez. J'en fais mon compliment bien sincère à cette bonne ville et à tes administrés. » (2) Et il continue son dithyrambe en l'honneur du camarade parvenu aux grands emplois.

C'était en 1855. Sans négliger les intérêts du canton de Salies, le nouveau maire allait se dévouer corps et âme à sa ville natale. Sa nomination fut accueillie, dans toute la région d'Orthez, avec enthousiasme. Toutes les autorités, sous-préfet en tête, lui firent fête et lui promii'ent un loyal concours.

(1) Lettre inédite, du 27 janvier (1852 ?)

(2) Id., du 11 févTier 1855.

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Le beau-père de Chesnelong, M.Lacoste, avait dû quitter ses fonctions administratives à la chute de Louis- Philippe. Un ancien maire de Limoux. rallié à l'Empire dès la première heure, M. Guiraud. avait été récompensé de son adhésion au nouveau régime par la souspréfecture d'Orthez. Habile en affaires, affable et foncièrement bienveillant, il manqua trop tôt à Chesnelong, qui, après une collaboration de quelques années, pouvait dire sur sa tombe : « Jamais on ne le vit trahir une amitié, tromper une confiance, repousser un malheur, mépriser une faiblesse, servir une hostilité, commettre une injustice. »

Défenseur de la liberté d'enseignement au Conseil général, le nouveau maire ne pouvait manquer de la favoriser à Orthez. Au lendemain du vote de la loi Falloux, Mgr Lacroix, évêque de Bayonne, avait fondé, à quelques pas de l'église paroissiale, un modeste collège libre. Une congrégation religieuse, récemment établie à Bétharram par le P. Garricoïts, de sainte mémoire, en avait pris la direction. C'était l'institution Moncade. Chesnelong ne tarda pas à apprécier le religieux placé à la tête de l'humble maison, et, à la première distribution des prix présidée par lui, il voulut rendre au P. Bai"bé un affectueux hommage.

L'intimité croîtra entre le prêtre modeste et l'homme public de plus en plus en vue. Bientôt Chesnelong prendra le P. Barbé pour guide de sa conscience, et puisera dans ses conseils la sagesse de la décision aussi bien que l'énergie de la lutte. Il n'hésitera pas alors à lui confier ses fils, au moins jusqu'à la classe de tioisième.

Pour la fin de leuis études, il lui faui: chercher un collège catholique de plein exercice. Une grande renommée l'attire et solhcite ses préférences. Lacordaire vient de fonder l'école de Sorèze. Or, Lacordaire, c'est, avec Bossuet et Auguste Nicolas, le maître

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