CHAPITRE II
de théologie de Chesnelong. A travers les pages de ses conférences, la flamme de son cœur a passé jusqu'à l'âme du futur apôtre des Comités catholiques. Chesnelong se sent fils de ce génie tendre et fort ; il va lui remettre, avec autant d'empressement que de bonheur, la formation de son fils aîné. Ce que furent, pour le jeune homme admis dans l'intimité du grand dominicain, ces années de Sorèze, nous le savons par ses confidences et ])lus encore par les exemples d'une vie toute de droiture : mais qui dira les impressions du maire d'Orthez sortant des entretiens de Lacordaire, et qui appréciera l'action de cette rayonnante sainteté sur un père de famille aussi soucieux de la vertu des siens ?
Fervent catholique dans le gouvernement de sa famille et la direction des affaires municipales, Chesnelong n'oubliait pas qu'une notable partie de ses administrés appartenait au protestantisme. Persuadé qu'il devait la justice à tous, il tint à gérer les intérêts des dissidents, comme ceux de ses coreligionnaires, avec une large impartialité. Un travail de restauration s'imposait à la salle d'asile protestante, aussi bien qu'au temple. Non content d'y pourvoir par une subvention sur les fonds de la ville, le maire d'Orthez provoqua et obtint, pour couvi-ir les dépenses, un secours de l'État. Bien plus, le consistoire ayant fait exécuter au tenijile des travaux dont les frais devaient incomber à la ville. Chesnelong proposa et fit inscrire 3.800 francs à l'actif de la communauté dissidente.
Catholiques et protestants allaient bientôt recevoir un nouveau témoignage de sa charité.
Le choléra éprouvait, depuis quelques années, le canton d'Orthez. En 1855, peu de mois après la nomination du nouveau maire, il s'abattit sur la ville comme un vautour.
En quelques jours ce fut, au sein de chaque famille.
la désolation et l'épouvante. Pendant que les cercueils suivaient, presque sans interruption, la route du cimetière, on vit Chesnelong s'enfermer à Thôpital, consoler les mourants, réorganiser les services, pourvoir à l'hygiène, puis, de jour et de nuit, parcourir les logis contaminés, prodiguant les encouragements et les secours matériels.
Comme toujours, le deuil était suivi de la ruine financière. Le maire commença par subvenir, de sa bourse, aux plus cruelles détresses, puis il répartit avec tant d'équité et d'économie les ressources disponibles que. l'épidémie teiminée, on remarqua qu'elle avait grevé de mille francs seulement le budget municipal.
Cette fois la reconnaissance publique réclama, pour l'infirmier des cholériques, une récompense digne de son dévouement : sur la demande du préfet et aux applaudissements de la ville entière, il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur.
L'homme de cœur et de talent, le père de famille modèle, le conseiller général éloquent et déjà rompu aux affaires, le maire attentif aux intérêts de tous venait de se révéler capable d'héroïsme. Plus d'un pensait qu'il était temps de mettre au service du pays des aptitudes qui avaient si largement profité à la région béarnaise.