‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 240 sur 302 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

de liste, l'irritation produite par les lois scolaires et surtout par les inquiétantes péripéties de la guerre du Tonkin donnaient quelque espoir aux partis monarchistes.

A la nouvelle de la prise de Langson (30 mars 1885), une si formidable opposition se déchaîna contre Jules Ferry, qu'il dut donner sa démission de président du Conseil. C'était le châtiment de son acharnement contre l'école chrétierme et les congrégations. Chesnelong, qui venait de lui reprocher, au Sénat, son hypocrite défense du Concordat, vit avec soulagement cette chute retentissante (1). La disparition d'un des chefs répubhcains

(1) On lira avec intérêt les lignes suivantes, où Chesnelong note ses impressions lors de la chute de Ferry :

0 II est tombé ! J'ai assisté à l'effondrement ; je n'avais jamais rien vu de pareil. J'avais vu, en 1874, le duc de Broglie tomber avec une fierté aristocratique qui était pleine de grâce aisée, et qvii, malgré tout, commandait le respect ; je l'avais vu aussi tomber en 1877, après une vniDante défense où il avait sauvé sa dignité ; j'avais vu Oambetta lui-môme tomber en 1881, enseveli dans uu triomphe oratoire et arrachant des applauchssements à la majorité qui devait le terrasser. Ce n'est rien de tout cola. Il était là, ce ministre, abattu, pâle, impassible, abandonné par sa majorité, écrasé sous la colère méprisante des deux extrémités de l'Assemblée. Rien ne lui a été épargné, ni les brutales invectives de Clemenceau, ni les désaveux tardifs et les attaques félines de Ribot, ni les insultes écrasantes de Cassagnac, ni les vociférations des radicaux, ni les indignations de la droite. Il était là, suant, soufflant, dissimulant sa confusion sous une dernière apparence de calme, cloué au pilori ; l'homme ne survivait pas au ministre ; et, bien que l'attaque ne se terminât pas à mettre en cause le politique, bien que sa sincérité, sa loyauté, son caractère, son honneur fussent outragés, pas im cri de protestation ne sortait de sa poitrine : c'était un condamné. S'il n'y avait eu que l'erreur du Tonkin, si fatale fût-elle, je l'aurais plaint ; j'aurais trouvé que le châtmient était trop dur pour la faute ; mais je me rappelais la série de ses attentats : l'article 7, les expulsions, la loi du 28 mars, son système d'oppression officielle appliqué à la France, la magistrature décimée, l'armée défaite, les finances dévastées, tout ce qui fait de lui le malfaiteur poUtique le plus fatal de tous ceux qui nous ont exploités depuis quatre ans, et je me disais : « C'est la justice de Dieu qui passe ! » — Lettre inédite à M™* Chesnelong.

les plus actifs et les moins scrupuleux était un nouvel appoint pour les adversaires du régime.

Poursuivant, avant tout, au moyen des élections, la liberté religieuse, Chesnelong désirait connaître la tactique de Rome. Or, Léon XIII, attentif à éviter tout prétexte de récriminations de la part du gouvernement français, ne paraissait guère favorable à un mouvement monarchiste. Toujours préoccupé des menaces de séparation entre l'Église et l'État, il craignait les reproches que ne manquerait pas de susciter l'action directe du clergé pendant la période électorale.

En vain le gouvernement multiplie les attentats contre l'Église ; en vain, pour abriter le cadavre de Victor Hugo, il vient de désaffecter, malgré les protestations indignées de Chesnelong, l'église Sainte-Geneviève, le vieux pontife veut épuiser tous les moyens de mansuétude, et il mande à Rome Mgr d'Hulst, afin de le seconder dans ses vues.

Celui-ci attendait beaucoup, pour l'avenir du pays, du comte de Paris. Il se borna à signaler au paj)e ses éminentes qualités, l'engageant à avoir confiance en lui, et désigna Chesnelong comme le principal chef politique des catholiques. De son côté, M. de Mackau vint à Rome ; il .supplia le pape de faire crédit à V Union conservatrice, dont Chesnelong était l'âme, et qui entendait maintenir la lutte électorale sur le terrain religieux. Léon XIII parut céder. Il se borna à faire écrire, par Mgr Lavigerie, une lettre sur les élections, où il était dit que « lorsque les pouvoirs publics sont régulièrement établis, l'Église entretient avec eux, sans se préoccuper de leurs formes spéciales ou de leur origine, les rapports établis par de longs usages. »

Les élections de 1885 se firent, malgré tout, sur le terrain qu'avait choisi Chesnelong. Treize des principaux représentants catholiques du parlement, laissant

Page 1