CHAPITRE XX
de côté la question constitutionnelle, dénoncèrent à la France, dans un vibrant appel, les sectaires et leurs projets impies, suppliant les catholiques de chasser de la Chambre « ces ennemis de toute foi et de tout droit (1). » Le Comité de Défense religieuse fit des prodiges, si bien que, le 4 octobre, au premier tour de scrutin, 127 républicains seulement étaient élus contre 176 conservateurs. Dans le seul département des Basses-Pyrénées, Chesnelong avait obtenu, en faveur de ses candidats, une majorité de 20.000 voix sur les résultats de 1881. Il n'en fallait pas tant pour le consoler de l'insuccès qu'il avait personnellement éprouvé, en 1883, aux élections du Conseil général. Une fois de plus, et malgré certains oublis passagers, qui ressemblaient à de l'ingratitude, il était fier de son Béarn.
Quelle déception lorsque, au scrutin de ballottage, le 11 octobre, la majorité se retourna! Cette fois, les répubUcains de toute nuance avaient fait bloc ; ils entraient dans la nouvelle Chambre au nombre de 383. contre 201 conservateurs !
Les catholiques ne se déclarèrent pas vaincus. Persuadé qu'il fallait agir sur les masses en leur montrant les avantages sociaux de la religion et en travaillant à améHorer leur sort matériel, M. de Mun avait annoncé, même avant les élections, la formation d'un parti catholique spécial, ayant pour objet de revendiquer, au nom de Jésus-Clu'ist, « la réforme de la législation sociale, la justice pour le peuple et la protection des faibles. » Il avait même constitué, dans ce but, un comité central d'action et de souscription. L'insuccès des élections d'octobre affermit ses convictions, et, dans une lettre
(1) Le manifeste des Treize, comme on l'appela, était signé par MM. Adolphe Baudon, vicomte de Bélizal, A. Bcnoist d'Azy, Liicien Brun, Charles Chesnelong, le vice-amiral marquis Gicquel des Touches, Kolb-Bernard, Keller, S. de la Bassetière. comte Lanjuinais, baron de Maokau, comte Albert de Mun, baron de Ravignan.
importante adressée à M. de Bélizal, député des Côtesdu-Nord, il précisa davantage son programme.
En même temps qu'il revendiquait pour l'Église et la famille une législation conforme au droit, il demandait, pour le peuple, la limitation des heures de fatigue par le repos légal du dimanche, l'interdiction du travail de nuit pour les femmes et la suppression progressive du travail à l'usine pour les mères de famille et les enfants, des lois protectrices contre les accidents, la maladie, le chômage involontaire et l'inaction forcée résultant de la vieillesse ; et, pour rendre cette législation pratique et efficace, une organisation corporative destinée « à protéger, sous la tutelle de la religion, les intérêts du travail et les mœurs des travailleurs (1). »
Ce programme était séduisant par bien des côtés ; il s'inspirait sûrement des vues de l'Église. Venait-il vraiment à son heure comme programme politique ? Les idées sociales qu'il contenait seraient-elles adoptées dans les deux Chambres, par tous les membres de la droite ? Ne pouvait-on pas craindre de les diviser sur ces questions mêmes, alors que l'union absolue de la minorité était plus que jamais désirable ? L'ensemble des catholiques était-il mûr pour les idées d'organisation corporative que préconisait l'éminent député ?
Chesnelong en doutait ; mais il avait tant d'estime pour la foi conquérante de M. de Mun ! Et sa sympaihie était si vive pour cet ancien compagnon de lutte, qui, par délicatesse, avait cessé de combattre à ses côtés, sans cesser de le traiter en ami ! Ne pouvant, malgré tout, donner à son projet une franche adhésion, il se réserva de consulter ses collaborateurs dans les œuvres, IVOI. Keller, Kolb-Bernard, de Ravignan, et même de pénétrer, s'il était possible, la pensée du pape. De tous ces côtés,
(J) Encyclique Humanum gcnwt.