CHAPITRE XX
après certaines hésitations, l'opinion était devenue unanime ; par la plume de Mgr d'Hulst, le Monde luimême blâmait le projet ; Chesnelong crut devoir refuser son nom à V Union catholique.
D'ailleurs, peu de jours après, le 9 novembre, le Souverain Pontife priait M. de Mun, par l'intermédiaire de la nonciature, d'abandonner son dessein, et, sans hésiter, le grand chrétien se soumettait avec une humilité digne de son dévouement (1).
M. de Mun et Chesnelong resteront séparés par des nuances ; mais celui-ci ne supportera pas toujours une action parallèle et isolée, qui divise les forces au plus grand profit des adversaires. D'accord, en principe, avec M. de Mun sur la nécessité de l'organisation corporative pour remédier à la faillite de l'école économiste révolutionnaire et prévenir les solutions socialistes, il cherche l'occasion de manifester cette entente. Il la trouvera en 1887, à l'Assemblée générale des catholiques, où il sera heureux de donner son adhésion publique aux principaux articles du programme social de M. de Mun. Celui-ci, invité à la séance, entendra avec pleine satisfaction cet exposé, et remerciera « l'illustre président de l'Assemblée » à un double titre : parce que « son invitation est un témoignage de la concorde qui unit tous les catholiques contre l'ennemi commun, et parce qu'elle est la maroue nouvelle d'une sympathie, déjà souvent éprouvée, pour l'œuvre des cercles. » (2)
L'échec final des catholiques aux élections de 1885
(1) Cf R. P. Lecannet, L' Église et VÉtat sous la troisième République, t. II, p. 304 et suiv.
(2) La question sociale ù l' Assemblée des catholiques. — Discours prononcés, les 10 et 12 mai 1887, par M. Cli. Chesnelong, sénateur, et M. le comte Albert de Mun, député. — Paris, Lové.
présage des représailles de la part de la majorité sectaii'e, et prépare à Chesnelong de nouvelles luttes sur le terrain religieux ; mais ces luttes ne sont pas nécessaires pour occuper ses instants au Sénat. Ce catholique si intrépide est toujours aussi le plus informé des économistes et le plus appliqué des comptables.
Comparant le budget de l'Assemblée Nationale à celui de la République opportuniste, il signale sans se lasser le gaspillage des finances livrées à des politiciens sans scrupules. « Des dépenses extraordinaires, leur déclare-t-il, U y en a eu de tout temps ; des emprunts accidentels, il y en a eu de tout temps. Ce qu'on n'a pas eu en d'autres temps, c'est un budget permanent, constamment et exclusivement alimenté par des ressources extraordinaires, par un robinet d'emprunts qui ne se ferme jamais, ou qui du moins s'ouvre tous les six mois ou tous les ans pour satisfaire à des dépenses indéfinies. » Ces sévères paroles sont du 3 mars 1885. Quatre mois plus tard, il ajoute : « Huit ans vous ont suffi pour cette effrayante consommation de milliards, empruntés à la fois au passé, au présent et à l'avenir... Si vous révéliez tout d'un coup cette situation à un homme sensé qui, pendant ces huit années, y serait resté absolument étranger, il s'écrierait : Mais qu'est-ce qui s'est passé dans cette pauvre France ? Quelle est la révolution qu'elle a subie ? Quelle est la guerre qu'elle a dû supporter ?... — Et nous devrions lui répondre : Il n'y a eu ni révolution ni guerre ; c'est la politique républicaine qui a passé sur le pays en dévastant ses finances (1). » Chaque année, il renouvellera ces protestations, ces reproches parfois sanglants, défendant la fortune publique comme il n'a jamais défendu la .sienne, dénonçant l'impôt sur le revenu déjà
(1) Séance du 18 juilk-t 1,SS5.