‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 243 sur 302 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

menaçant, et l'impôt sur les droits de succession, comme un acheminement vers le socialisme.

A ces soucis patriotiques s'ajoute toujours, de temps à autre, quelque épreuve domestique. Une séparation se prépare qui, tout en consolant sa piété, va de nouveau déchirer son cœur. Parmi ses enfants restés au foyer d'Orthez, il aimait avec prédilection une de ses « fillettes,» dont l'angélique douceur et le dévouement discret répondaient merveilleusement à son noi;n de « Céleste. » Aussi instruite que modeste, elle servait de secrétaire à son père, et sa meilleure joie était de lui alléger le fastidieux travail qui le suivait, même en vacances.

Vers la fin de 1885, elle s'ouvrit à ses parents d'un dessein qui devait leur imposer un lourd sacrifice : elle se sentait appelée à servir Dieu et les pauvres sous l'habit des Sœurs de Charité. Chesnelong allait connaître l'épreuve qui avait naguère inspiré à Montalembert de subUmes accents de douleur résignée. Il devait l'égaler par sa magnifique soumission à l'appel d'en- haut : (( Bon courage ! écrit-il à sa femme. Ce que Dieu veut et ce qu'il inspire est toujours bien. Au-dessus du monde où nous vivons, il y a un autre monde des âmes, que nous n'apercevons pas, et où se passent des choses qui ont de mystérieux, mais bien efiîcaces rapports avec nos destinées. A ce point de vue, l'événement qui se prépare pour notre foyer est un grand événement. Nous en sentirons la tristesse déchirante, mais nous ne voyons pas ce que Dieu en fera sortir. Pour notre chère enfant, je l'espère, au prix de sacrifices durs à la nature, ce sera la sérénité d'une vie que le bon 3Iaitre remplira tout entier et que le dévouement sanctifiera ; pour nos autres enfants, des bénédictions dont ils recueilleront les fruits dans la vie et par delà la vie ; pour nous deux, chère bonne amie, ces grâces de la vieillesse qui sont toujours

empreintes "de gravité et de tristesse, mais qui ont aussi leur prix devant Dieu, et qui fortifient, même lorsqu'elles sont mêlées de larmes (1). »

Le sacrifice une fois accepté, il croit devoir montrer à sa fille, dans son austère nudité, la croix que peutêtre elle n'a entrevue qu'à travers son rayonnement glorieux : « Une Fille de la Charité doit être simple et virile dans son devoir, forte dans sa vertu, humble jusqu'à l'abnégation totale d'elle-même, accomplissant avec simplicité des actions parfois héroïques, puisant cette sainte énergie dans la fidéhté à sa règle et l'union avec le divin Maître, qu'elle sert dans ses pauvres, qui sont comme une Eucharistie humaine, une sorte de présence réelle de Notre-Seigneur. » (2)

Emile à l'autel. Céleste au couvent, c'étaient, aux yeux du grand chrétien, deux forces de plus pour les luttes de ses dernières années.

Du reste, l'heure est venue de reprendre le bon combat pour l'Église et pour le pays. On sait avec quelle rage le gouvernement a déjà fait payer aux catholiques sa peur du mois d'octobre précédent. Suppression de nombreux traitements ecclésiastiques, suppression pure et simple de plus de deux mille vicariats, décrétées par le ministre Goblet, telle a été la rançon de l'éphémère succès des conservateurs. Mais il faut porter au catholicisme un coup plus décisif. La loi qui laïcise le personnel de l'enseignement primaire, votée par l'ancienne Chambre en juillet 1884, dort depuis cette époque au Sénat ; 3.043 Frères et 14.958 Sœurs enseignent encore dans les écoles communales. Aux termes de la nouvelle loi, « dans les

(1) Lettre inédite, du 9 novembre 1885.

(2) Lettre in(''(lito <lo 1880.

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