‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 246 sur 302 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

le comte de Paris suivre un mouvement qu'il estimait inconsidéré et périlleux.

Il se consolait de tant de travaux et de soucis par de fréquentes visites à son fils, dont le succès comme catéchiste et prédicateur s'affirmait chaque jour, et par quelques rares conversations avec sa chère rehgieuse qui, devenue institutrice à La Villette, se donnait joyeusement aux enfants du populaire faubourg (1).

Il soutenait aussi, au prix de mille démarches, les intérêts du journal le Monde, dont le directeur, malade, ne pouvait surveiller suffisamment la marche, et qui était toujours en butte aux défiances des légitimistes d'extrême droite (2).

(1) C'est pendant les vacances de l'année 188G qu'il composa, en grande partie, son livre sur la Campagne monarchique de 1873. Il écrivait, le 8 octobre, à M. Keller : « Le 20 août, après nos élections du Conseil général, j'ai pris mon courage à deux mains, et j'ai écrit depuis ce moment trois cents pages de ma fine écriture, qui représentent bien cinq cents pages d'impression. Ce n'est pas fini, mais l'essentiel est fait. J'ai commencé par le centre du travail, et il ne me reste plus que cent cinquante pages environ à écrire pour les préliminaires et les suites de la campagne. Une fois attelé à la besogne, j'ai été absorbé, et je ne m'en suis pas détaché. Je suis heureux de l'avoir faite ; je no destine ces pages à aucune publicité pendant ma vie ; je les léguerai à mon fils aîné, qui les fera publier après ma mort, lorsque les passions seront refroidies... Je vous en lirai quelque chose un jour que le présent vous laissera le loisir de vous reporter au passé. Je puis me tromper ; je crois que vous serez content. Je raconte des choses que j'ai vues, et, pour emploj-er le mot à la mode, que j'ai vécues, et vous y trouverez, je le crois, un accent sincère de vérité et de grave émotion. Après tout, c'est le point central de l'histoire de ces dernières années. » — Lettre inédite. — Nous verrons plus tard que, pour justifier pleinement son attitude au cours de la campagne, Chesnelong finit par consentir à publier le volume de son \'ivant.

(2) Chesnelong dut défendre le Monde, en particulier, contre les sévérités de M. de Mackau. Voici la Ugne dans laquelle, pour son compte, il entendait maintenir le journal.

« Le Monde est et restera un journal catholique. Pour lui, la cause catholique, sans être étrangère à rien, sera supérieure à tout, et ne sera, ni identifiée, ni subordonnée à une cause politique, quelle qu'elle soit.

» Il est et il restera un journal royaliste, se disant tel, et montrant

Il présidait, chaque été, la réunion en faveur des écoles libres du diocèse de Paris. Enfin et surtout, il continuait ses voyages de conférencier auprès des Comités catholiques de province.

Ces Comités étaient toujours une de ses premières ressources. Pour les récompenser et les maintenir en haleine, il fallait leur procurer la joie de voir le pape. Au mois d'avril 1888, Chesnelong conduisit à Rome leurs principaux représentants.

Après une audience du cardinal RampoUa, qui le reçut avec de « grandes démonstrations, » et lui accorda un entretien d'une heure, il assista, dans Saint-Pierre, à la messe solennelle de Léon XIII. Il trouva le pape « vieilli, très maigre et très pâle, presque transparent, la main tremblante, mais la voix forte, le regard pénétrant et vivant, la démarche ferme, l'attitude majestueuse. » Le retour à la sacristie du Saint-Père porté sur la Sedia, au son des trompettes d'argent, aux acclamations enthousiastes de « Vive le pape ! )> sorties de 15.000 poitrines, firent sur lui et ses compagnons une impression de beauté unique et de suprême grandeur. Le lendemain, ce fut l'audience solennelle, où, dans un discours « très substantiel et très vigoureux », le pape rendit hommage aux œuvres d'éducation chrétienne suscitées de tous côtés par les Comités catholiques ; puis, une fois de plus, Chesnelong quitta Rome, réconforté et joyeux.

De poignantes tristesses l'attendaient au retour,

la monarchie comme le but à atteindre pour le relèvement du pays, et aussi, en fait, pour le relcvomont do la religion dans le pays.

» Il est et restera un journal conciliant, modéré, pas intransigeant, comprenant les nécessités du temps et des circonstances, servant la cause do V Union conservatrice, ne la compromettant pas, soutenant les droites do nos Assemblées, et ne leur créant ni complications, ni ombarras. » — Lettre inédite à M. de Markau, .'> janvier 1887.

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