‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 247 sur 302 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Son compagnon de collège, son ami de toute la vie, Auguste Champetier de Ribes, était depuis longtemps malade à Paris. Au commencement de mai. son état empira ; quelques jours après, il n'était plus. C'était, pour Chesnelong, une âme sœur, avec un monde de souvenirs doux et charmants, qui disparaissait. Il pleura amèrement cette mort, qui le privait de son plus ancien confident, et, sur sa tombe, laissa déborder sa douleur en plaintes désolées, relevées pourtant de cris d'espérance.

C'est la dure servitude des hommes publics de ne pouvoir pleurer en paix leurs morts. Le ministère Floquet tentait, depuis trois mois, l'application du programme radical ; la loi du service militaire imposé aux clercs, en projet depuis 1881, était de nouveau à l'ordre du jour. Chesnelong défendit l'antique immunité de l'Église avec une chaleur qui lui valut les remerciements émus de Mgr Lelong, évêque de Nevers (1). On n'osa pas alors voter l'ensemble des articles ; mais la Chambre croyait avoir besoin de cette loi pour refaire sa popularité compromise ; avant de se séparer, le 9 juillet 1889, elle la votera, malgré les efforts désespérés de Mgr Freppel et de nouvelles protestations de Chesnelong.

La campagne de juin 1888 n'était qu'une reprise d'activité entre deux scènes de deuil.

Éprouvé par le climat de Châlons, épuisé par les labeurs d'une longue vie apostolique, déçu enfin dans ses projets d'intimité avec Mgr Sourrieu, l'abbé Barbe était, depuis peu, vicaire général de Mgr Grouzot, Mais on n'assume pas, à cet âge, de pareilles fonctions dans un nouveau diocèse sans fléchir sous le fardeau. Se sentant mourir, l'excellent prêtre manda auprès de lui celui qu'il appelait son meilleur ami. Ce furent des

(l) Lettre du l" juillet 1888.

adieux tendres et graves, consolés par l'espoir d'une prochaine réunion au sein de Dieu. Le 31 août 1888, le malade reçut les derniers sacrements ; dix jours plus tard, il s'éteignait. Sa fidélité à l'égard de Chesnelong ne s'était pas démentie depuis trente-cinq ans. Pendant cette longue période, il avait été le critique bienveillant de l'orateur, souvent le guide de conscience du chrétien, toujours l'ami judicieux et sûr du politique.

Privé presque en même temps de deux appuis inappréciables, atteint au cœur de ces deux blessures sans remède, Chesnelong, jusque-là si robuste, connut dès lors les premières défaillances de l'âge. Sentant venir ' le soir de sa journée, il redoublera d'ardeur à sa tâche de bon ouvrier.

Lille, la ville des initiatives dévouées et des puissantes organisations, ne se lassait pas de l'entendre. Le comte de Caulaincourt l'y apj)ela de nouveau, le 8 décembre, pour un discours sur la souveraine indépendance de la papauté (1). Devant un immense auditoire, il rappella les titres du Souverain Pontife à la parfaite hberté de son ministère spirituel, et il montra ensuite que le pouvoir temporel est la condition indispensable de cette liberté. C'était, avec plus d'ampleur, la thèse jadis développée devant le Corps législatif de l'Empire.

Chesnelong avait beaucoup travaillé ce discours, et, sous les acclamations de la salle, il avait retrouvé ses notes vibrantes des grands jours. Cette affirmation solennelle des droits du Saint-Père était une réponse aux esprits superficiels qui, trompés par l'attitude conciliante de Léon XIII vis-à-vis de la France, étaient inclinés à croire que le pape lui-même en faisait bon marché.

(1) Tous los ans, depuis 1875, se tenait à Lille le congrès oatholiquo le pluH inipiirtont do province. Il nvait pris le nom de Congres des Catholiques du Nord et du Pas-de-Calais. Chesnelong contribua plus que personne à son succès, qui, depuis lors, n'a fait que grandir.

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