CHAPITRE XXI
r UNION DE LA FRANCE CHRÉTIENNE — ÉPREUVES ET JOIES DOMESTIQUES
Comme toujours, les catholiques fondaient de grandes espérances sur les futures élections. Les évêques et le clergé avaient fait l'impossible pour éclairer les consciences ; l'agitation boulangiste semblait avoir remué profondément le pays; on s'attendait à un revirement d'opinion. Plus encore que par le passé, le résultat fut déplorable : 366 républicains contre 200 opposants entraient, au mois de septembre 1889, dans la nouvelle Chambre.
C'est alors que, pour la première fois, une fraction de la droite manifesta des velléités d'accepter le régime que préférait décidément le pays. On était las de la lutte, et, d'autre part, des républicains militants, comme SpuUer, semblaient désirer l'apaisement. Croyant désormais la monarchie impossible, M. Jacques Piou essaya, peu après la rentrée des Chambres, de former, parmi ses collègues catholiques, un parti qu'on appellerait la droite constitutionnelle, et qui, sans combattre la forme du
gouvernement, s'efforcerait d'obtenir de meilleures lois. Léon XIII suivait avec un intérêt sympathique cette évolution. Il en venait, lui aussi, à croire que les catholiques de France, sans espoir du côté de la monarchie, en partie compromis dans la campagne boulangiste, n'avaient plus qu'à se raUier à un ordre de choses qui pourrait leur apporter, avec le temps, la liberté. Mais qui donnerait le mot d'ordre aux évêques et aux prêtres français ? Seul, le chef de l'ËgUse avait assez d'autorité pom* commander un pareil mouvement. Mais il ne lui convenait pas d'élever lui-même la voix pour faire des avances à l'ennemi, surtout au lendemain d'une défaite. Il lui fallait un porte-parole et une occasion favorable à l'exposé de ses vues.
On sait quel immense retentissement eut le toast prononcé à Alger, le 12 novembre 1890, par le cardinal Lavigerie, devant l'état-major de l'escadre de la Méditerranée. Le grand coup était frappé. Le clergé de France en fut comme étourdi. Inquiet, insuffisamment informé, l'épiscopat se tint sur la réserve ; atteints dans leurs affections et leurs espoirs, les royahstes se répandirent en invectives contre « le prélat bruyant et remuant )> qu'ils ne croyaient pas encore l'organe du Saint-Père.
Malgré les tentatives de M. Piou et le manifeste d'Alger, Chesnelong n'avait nulle envie de se rallier à la République. Elle avait trop bien suivi, depuis quinze ans, le mouvement prévu et annoncé par lui, pour qu'il pût croire à un arrêt et surtout à un recul de la part de politiciens esclaves de la franc-maçonnerie. Il était fort à l'aise pour réserver son attitude, puisqu'il n'était plus royaliste militant, et travaillait seulement, sur le terrain de V Union conservatrice, pour la défense sociale