CHAPITRE XXI
Ils se communiquèrent leurs vues ; mais il s'agissait de gagner tous les évêques, et c'était là un difficile problème (1).
A la même époque, M. de Caulaincourt, président de l'Union des catholiques du Nord et du Pas-de-Calais, élaborait aussi un programme répondant aux mêmes préoccupations, et le communiquait à Chesnelong (2). On y lisait, entre autres articles : « Liberté entière du culte catholique conformément à l'article 1^^ du Concordat loyalement interprété ; modification des lois scolaires et de la loi militaire dans le sens de la liberté des consciences et de l'immunité des clercs ; rétablissement des aumôniers militaires ; réintégration des religieuses dans les hôpitaux ; rétablissement du repos dominical et abolition de la loi du divorce. » Que l'on groupât sur le terrain de ces revendications tous les électeurs catholiques ou simplement honnêtes, et l'on finirait par obtenir une législation respectueuse de tous les droits.
Ces idées étaient, en quelque sorte, l'ébauche du programme que Chesnelong élaborait depuis longtemps. Il les adopta en les complétant. Réunir, sur le terrain indiqué, les monarchistes que le toast d'Alger avait désorientés, et qui désiraient se dévouer aux intérêts religieux sans renier leur passé, leur adjoindre tous les honnêtes gens, sans distinction de parti, telle fut désormais sa tactique.
En attendant, les idées de ralliement pm- et simple rencontraient les plus vives résistances. Le cardinal
(1) Mgr Turinaz intitulait le groupe rêvé par lui : h' Union des catholiques pour la défense des intérêts religieux et Vaillance des partis sur le terrain de la justice et de la liberté.
(2) Son groupe so serait appelé : l'Union des catholiques français.
Richard, archevêque de Paris, était naturellement consulté par nombre d'évêques et de catholiques influents. Il avait la plus entière confiance en Chesnelong, dont les jugements mesurés plaisaient à son esprit méthodique et prudent. Plus d'une fois, le sénateur d'Orthez conféra avec lui du programme que lui avait soumis M. de Caulaincourt.
Ce fut pour l'archevêque un trait de lumière. Peu après, le 2 mars 1891, il publiait l'importante Réponse à d'éminents catholiques qui Vont consulté sur leur devoir social dans les circonstances actuelles.
Après avoir déclaré que le pays a besoin de stabilité gouvernementale et de paix religieuse, écartant ainsi tout dessein d'ébranler les institutions existantes, le prélat invitait les catholiques à donner leur loyal concours aux affaires pubUques. « Mais demandons, ajoutait-il, que les sectes antichrétiennes n'aient pas la prétention d'identifier avec elles le gouvernement républicain, et de faire, d'un ensemble de lois antireligieuses, la constitution essentielle de la République. »
Il engageait ses corehgionnaires à se placer sur le terrain légal pour revendiquer spécialement les libertés d'enseignement et d'association, l'égahté de tous les citoyens, y compris les religieux, devant l'impôt, l'exemption du service militaire pour les ecclésiastiques. C'était le programme de Chesnelong et de ses amis proposé au pays tout entier par un de ses évêques les plus en vue.
Cette lettre eut un immense retentissement. Elle eut pour effet immédiat de rassurer les cathohqucs monarchistes, déconcertés par le toast d'Alger. Mgr Lavigerie avait dit : « Sortez des anciens partis, et entrez résolument daHs la République. « ]\Igr Richard se contentait de dire : « Laissez là les questions de parti, les querelles