CHAPITRE XXI
pour nous ceux qui partagent notre foi, mais les hommes honnêtes qui, ne subissant pas le joug des sectes antichrétiennes, ne refuseront pas de s'unir à nous pour défendre les consciences contre l'oppression qui pèse sur elles ; car c'est plus encore une doctrine qu'une forme de gouvernement qu'on voudrait imposer à la France (1). »
Ainsi, d'après le cardinal Richard, la future union ne devait être qu'une extension du Comité de Ûéfense religieiise, auquel on adjoindrait désormais les libéraux sincères, quoique étrangers aux pratiques catholiques. D'autres la concevaient, nous l'avons dit, comme une continuation de V Union conservatrice, devenue plus large dans sa compréhension, plus précise dans son but et mieux adaptée aux derniers événements.
Chesnelong ne rejetait ni l'un ni l'autre de ces points de vue. Le Congrès achevé, il fit parvenir à Léon XIII une adresse indiquant les résolutions adoptées (2). Il doutait d'autant moins de l'accueil fait par Rome au projet, que, lors de son avant-dernière visite au Vatican, le pape avait encouragé les efforts de V Union conservatrice.
Depuis lors, il est vrai, le Saint-Père avait paru gagné aux idées de ralliement ; mais, plusieurs évêques de France lui ayant demandé l'autorisation de se tenir d'abord sur le terrain purement catholique avant de faire un pas de plus vers la République, il s'était résigné à cette marche mesurée et prudente. Il consentit donc à bénir les résolutions du Congrès, et fit adresser, le 23 mai, à Chesnelong, une lettre élogieuse, où il était dit : « Ce qui nous a été agréable par-dessus tout, c'est de vous voir reconnaître si justement combien il est
(1) Cf. R. P. Lecanuet, op. cit., t. II, p. 413etsuiv.
(2) L'adresse au pape fut rédigée par M. Keller, et corrigée par Chesnelong.
nécessaire, en ce moment, que tous les catholiques unissent leurs cœurs et concentrent leurs forces, afin de pouvoir, comme en bataillons compacts, lutter résolument pour l'intégrité de la foi, pour les droits de la religion et pour la liberté de l'Eglise... Aussi, en même temps que nous décernons une louange méritée aux nobles sentiments que vous manifestez, nous demandons instamment à Dieu de vouloir bien, par sa secourable intervention, favoriser votre entreprise et seconder vos efforts. » (1)
Quelques semaines plus tard, le Comité central de V Union de la France chrétienne était constitué, sous la présidence de Chesnelong. MM. Keller, de Mackau, de Mun et d'Herbelot étaient élus vice-présidents ; MIM. Riant et Terrât faisaient fonction de trésorier et de secrétaire. On leur adjoignit le R. P. Vincent de Paul Bailly, directeur du journal La Croix, MM. Raoul Ancel, du comité de l'œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers, le marquis de Beaucourt, président de la Société Bibliographique, Lucien Brun et Buffet, sénateurs, de Claye, rédacteur au journal La Défense, le comte Lanjuinais, député. Levé, directeur du Monde, Abel Rainbeaux, de l'œuvre des Patronages, le baron de Ravignan, ancien sénateur, le vicomte de Roquefeuil, président de V Association catholique de la Jeunesse française, Thellier de Poncheville, député, Eugène Veuillot, rédacteur en chef de V Univers.
Dans sa première séance (19 juin), le comité ainsi constitué publia une déclaration où, sans annoncer aucun but politique, on donnait comme mission à la
(l) Cf Assemblée des Catholiques, 20"^ année. — Paris, Bureau du C!oniité catholique, 1891.