‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 255 sur 302 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

comités sans laquelle toute action électorale serait impossible.

)) Quand le comité d'impulsion pour le département aura été formé, il devra provoquer la création de comités d'arrondissement et de canton, lesquels devront, à leur tour, étudier les listes électorales et étendre leurs ramifications dans toutes les communes, pour atteindre directement l'électeur, comme on le fait en Belgique et dans les autres pays libres. »

Une telle organisation était riche de promesses. Mais parallèlement à ce mouvement social et religieux, neutre en politique, une action d'un caractère différent s'exerçait avec une suite et une ténacité remarquables. Les idées du toast d'Alger étaient décidément en faveur à Rome. Sans se laisser émouvoir par les sombres pronostics ou les objurgations d'évêques éminents comme Mgr de Cabrières ou Mgr Freppel, Léon XIII accentuait ses directions en faveur du ralliement, et sa popularité récemment accrue par les pèlerinages ouvriers

commune toutes les bonnes volontés loyales, tous les dévouements sincères, elle n'a voulu blesser aucune dignité ; elle a respecté toutes les libertés légitimes. Elle a fait appel aux catholiques de toutes les opinions, en demandant à tous de s'élever au-dessus des libres dissentiments qui peuvent les séparer en politique, et de s'unir sur lo terrain de la défense sociale et religieuse . Elle accepte comme alliés tous les hommes qui, à quelque parti politique qu'ils appartieiuient, sont résolus à défendre le programme des revendications chrétiennes. Elle ne reconnaît comme adversaires que ceux qui, quel que soit leur drapeau politique, repoussent ce programme ou refusent de le défendre. Elle fait appel aux premiers poiu- faire front aux seconds. Pas d'exclusion vis-à-vis des uns ; pas de compromissions avec le? autres.

• Voilà l'Union de la France chrétienne, dans l'esprit qui l'anime et dans le but qu'elle poursuit. » — - Lettre inédite, Archives de la famille Chesnelouij.

au Vatican amenait à son sentiment plus d'un légitimiste. Un acte retentissant allait gagner à sa politique de nouvelles adhésions.

Pour tout remerciement, le gouvernement français avait multiplié, depuis les avances du cardinal Lavigerie, les mesures arbitraires et les mesquines vexations contre le clergé ; au Sénat, Chesnelong avait dû se mesurer contre M. de Freycinet, qui avait formellement refusé la révision des lois scolaires, militaires et fiscales; on proposait de soumettre les comptes des fabriques à la vérification de l'administration des Finances. De tels excès inspirèrent à Mgr Langénieux, archevêque de Reims, l'idée d'une protestation qui serait signée par tous les cardinaux français, et à laquelle pourrait adhérer tout l'épiscopat (1). Cette lettre, très mesurée et très digne, contenait pourtant de graves doléances : « Depuis douze ans, y lisait-on, le gouvernement de la République a été la personnification d'une doctrine et d'un programme en opposition absolue avec la foi catholique, et il a appliqué cette doctrine, réahsé ce programme de telle sorte qu'il n'est rien aujourd'hui, ni personnes, ni institutions, ni intérêts, qui n'ait été méthodiquement frappé, amoindri, et autant que possible détruit. » Dans une seconde partie, les cardinaux conseillaient, il est vrai, « l'acceptation franche et loyale des institutions politiques » , ce qui causa un assez vif déplaisir à Chesnelong.

C'est le 22 janvier 1892 que fut publié cet important manifeste. Soixante-quinze évêques y adhérèrent. Certes, aucun d'eux n'avait la prétention d'en imposer au Souverain Pontife. Néanmoins, à prendre la lettre dans

( 1 ) Cette lettre des cardinaux fut, on grande partie, rédigée par Mgr d'Hulst, recteur de l'Institut catholique de Paris, très lié avec le cardinal Langénieux. — Voir, à ce sujet, R. P. Lecanuet, op. cit., t. Il, p. 493. ot le chanoine Largent, Le cardinal Langénieu.r, p. 155.

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