‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 260 sur 302 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

» Le Saint-Père approuve que vous ne fassiez pas, cette année, l'Assemblée des catholiques qui se réunissent d'ordinaire au mois de mai ; mais il ne veut pas que le Comité catholique se dissolve ; il vous engage à continuer la défense des intérêts reUgieux. J'ai pu dire à Sa Sainteté le concours que le Comité catholique m'avait donné pour rétablir la messe des écoles et les prières publiques pour la rentrée des Chambres. Léon XIII approuve pleinement le renouvellement de ces institutions chrétiennes.

» Je suis heureux, cher et vénéré monsieur Chesnelong, de vous transmettre les paroles affectueuses du Saint- Père pour vous. Je me sens de plus en plus affermi dans la disposition que je vous ai souvent exprimée, de nous confier avec esprit de foi à la direction du Vicaire de Jésus-Christ (1). »

Cette lettre fut pour Chesnelong le baume longtemps désiré. Le campagne de VUîiion chrétienne avait pris fin. Elle avait été pénible et orageuse, mais eUe se terminait sur un rayon d'espoir. En attendant, le silence s'imposait.

Ce silence, dont lui savait gré le Saint -Père, Chesnelong, par obéissance et par respect, devait le garder jusqu'à la fin. Citons, à ce sujet, le témoignage de M. KeUer :

« Enveloppant la blessure de son cœur dans une inviolable réserve, il n'en parlait jamais en public, et voici ce qu'il m'en écrivait peu de jours avant sa mort. « Continuer nos œuvres sur un terrain exclusivement rehgieux, en gardant le silence sur la question que je pourrais appeler litigieuse, c'est tout ce que nous devions faire. Nos œuvres devaient en souffrir et en ont souffert. Nous en avons souffert avec elles et pour elles, comme pour nous-mêmes . Nous avons fait notre

(1) Lettre inédite, du 18 février 189.3.

devoir dans l'épreuve, et j'espère que le bon Dieu nous en tiendra un jour un peu de compte. » Quand on lui en demandait davantage, il répondait : « C'est un mystère. )) Respectons avec lui ce mystère, creuset dans lequel sa vertu s'est consommée !» (1)

La campagne de Y Union chrétienne, que le vieux sénateur avait menée de front avec les luttes budgétaires, semblait avoir atteint ses forces plus que le poids croissant des années. Seule l'affection de ses proches et de ses amis l'avait soutenu contre les émotions amères, tragiques parfois, de la vie publique. Mais la Providence veillait.

A l'heure des pires catastrophes, Chesnelong avait toujours connu le refuge de quelques cœurs amis. C'est sa province natale tout entière qui allait maintenant s'unir à la famille pour réjouir sa vieillesse et l'encourager aux derniers combats. C'est le pays basque qui, de concert avec le Béarn, allait lui affirmer, dans un solennel hommage, sa reconnaissance et son admiration.

Remontons de quelques mois le cours des événements. Nous sommes au 18 août 1890. Chesnelong vient de marier sa dernière fiUe, sa douce et gracieuse Louise, à un vaillant chrétien du pays d'Angers, M. Louis Gourdon. La bénédiction nuptiale a été donnée par l'abbé Emile, devenu vicaire à Saint-Pierre de Chaillot. Charmé de l'accueil reçu dans cette maison de Chemillé, à laquelle il vient de confier son dernier trésor, le pauvre père redoute maintenant la solitude relative du vieux foyer d'Orthez, qui va pleurer tant de chers absents.

(I) Article du Correspondant, 10 août 181IU.

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