‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 262 sur 302 · CHAPITRE XXI ÔO.'Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI ÔO.'Î

la province natale. Mais, en ce jour où l'on prétendait reconnaître les services de toute sa vie, Chesnelong pouvait-il oublier la patrie française, pour l'honneur de laquelle il luttait depuis quarante ans ?

« Les Anglais, s'écria-t-il, parlent avec fierté de la vieille Angleterre ; les Allemands parlent avec orgueil de la vieille Allemagne. Parlons avec respect de la vieille France ! » Et il refit un tableau de ses gloires qui exalta jusqu'à l'enthousiasme la fierté de ses concitoyens.

Pouvait-il enfin ne pas saluer l'Église, qu'il avait l'honneur, depuis si longtemps, de défendre au parlement, et à laquelle la patrie terrestre elle-même devait sa grandeur ? Il rappela les bienfaits de la civilisation chrétienne. « Je dirais volontiers, ajouta-t-il, de la civilisation française — car les deux se confondent, — cette civilisation la plus grande, la plus moralement élevée, la plus socialement bienfaisante que le monde ait jamais connue. » Puis, répondant au préjugé de l'ignorance et de la sottise : « Pourtant, dit-il, il se rencontre des hommes qui nous disent que ce ne sont là, après tout, que d'illustres souvenirs, et que l'avenir réclame de tout autres doctrines pour la réalisation de ses aspirations élargies. En vérité, c'est comme si on disait que le soleil a fait son temps (1) ! »

Et il termine sur ces paroles : « Messieurs, les trois causes que je viens de rappeler, j'en serai jusqu'à mon dernier jour le serviteur fidèle. Elles sont, je l'afl&rme pour vous comme pour moi, les trois grandes passions de nos âmes, et comme les trois patries que nous avons tous ensemble servies d'un même cœur. Je boLs à ces trois patries ! que Dieu, dont l'une est l'œuvre éternelle, garde et protège les deux autres (2) ! »

(1) HéiinionJii 21 août 1890, ek-., p. 28.

(2) Ihid. p. M).

Après les derniers serrements de mains, Chesnelong regagna Orthez, où son image allait occuper désormais, dans le salon de famille, sa place trop souvent laissée vide. La réunion de Pau avait été l'éclair de joie que Dieu ménage d'ordinaire avant la nuit des longues épreuves. Lentement et douloureusement, elles allaient s'abattre de nouveau sur le chef de famille et sur l'ami.

Pour la première fois, la vieille demeure lui parut morne, silencieuse, presque endeuillée. La maladie s'était installée sous son toit, et menaçait les jours de sa sœur Félicia. Cette sainte fille a tenu bien peu de place dans cette biographie, car son rôle de « tante » avait toujours été aussi effacé que bienfaisant ; mais elle en occupait une très large dans le cœur de Chesnelong ; elle avait toujours aidé, servi même, avec une abnégation discrète et inlassable, le frère devenu célèbre ; celui-ci lui rendait en délicate tendresse ce qu'elle lui prodiguait en dévouement. Aussi lorsque, à la fin des vacances, il dut la laisser épuisée, condamnée par les médecins, entrée déjà, par la défaillance de ses facultés, dans la nuit du tombeau, ce fut un déchirement.

L'année suivante, en septembre 1891, eUe achevait de mourir. Chesnelong, présent à Orthez, avait pu adoucir son agonie ; il lui rendit, avec la piété d'un fils, les derniers devoirs.

Les lettres consolatrices affluèrent. Nous en détachons les réflexions suivantes d'un des vieux amis de la famiUe. M. de Laborde-Noguès : « Vous n'avez pas, du moins, vous ni les vôtres, le regret, qu'on a trop souvent, de n'avoir pas assez fait pour ceux qu'on aimait et qu'on vient de perdre. Vous pouvez regarder en arrière, comme

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