‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 263 sur 302 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

en haut, avec consolation. Laissez-moi vous dire, mon cher ami, que la chose qui m'a le plus touché dans votre vie intime, ce n'est pas votre tendresse pour vos enfants — beaucoup, qui ne vous valent pas, aiment leurs enfants autant que vous, — c'est votre sollicitude toujours en éveil pour votre vieille sœur, c'est le sacrifice constant de vos goûts et de vos préférences à ce qu'elle pouvait désirer, ou plutôt, n'est-ce pas ? à ce qu'on pouvait désirer pour elle. Ce qu'une sœur aînée aussi bonne avait dû vous prodiguer, dans votre enfance, d'affection et de soins, vous ne pouvez vous empêcher de reconnaître que vous le lui avez rendu au centuple. J'aime à confirmer de mon témoignage un souvenir qui doit être pour vous plein de douceur (1). »

C'est à ce déclin de la vie que nous sentons le plus vivement le prix des affections intimes, et que les lois de la Providence nous en retirent successivement le Ijienfait, sans espoir de compensation en ce monde, comme pour nous faire aspirer plus \avement aux joies du revoir éternel. Chesnelong va l'éprouver plus amèrement encore.

Après sa sœur aînée, une longue série d'amis ou d'alliés politiques vont quitter ce monde, le privant d'appuis précieux pour les combats qu'il médite encore de livrer. Successivement le vicomte de Gontaut-Biron, M. Depeyre, M. de Ravignan, son ancien collègue au Sénat ; un autre sénateur, dont il appréciait le large esprit et les saines convictions, M. Oscar de Vallée, disparaissent. Un des plus fermes champions de la cause reHgieuse au parlement, un des derniers tenants des doctrines monarchiques, Mgr Freppel, ne tarde pas à les suivre. A tous il paye un tribut de prières et de regrets : à quelques-uns, comme à M. Oscar do

(1) Ix>ttro inédite, du 1!) septembre 1801.

Vallée, il accorde un témoignage public d'estime et de sympathie.

Ces deuils se multiplient pendant la période d'organisation de V Union chrétienne, et c'est entouré de cercueils que Chesnelong marche à cette cruelle dispersion d'une œuvre à laquelle il a donné tout son cœur.

Sans doute, de vieux compagnons de lutte, MM. Carron, Keller, de Mackau, Lucien Brun, survivent ; mais, ou bien, tout en restant fidèles à sa personne, ils abandonnent, comme M. de Mackau, quelques-unes de ses plus chères doctrines (1), ou bien, afifaibUs, comme Lucien Brun, par l'âge et la maladie, ils ne peuvent plus suppléer à l'ardeur qui commence à lui manquer. Car, pour lui aussi, la vieillesse est venue. Il écrit à sa femme : « Je vais à l'âge des tâches passives. »

Mais, à mesure que le crépuscule descendait sur cette journée splendide, à mesure que s'éteignait le bruit des luttes qui l'avaient remplie, une rumeur d'admiration, devançant la voix de la postérité, gagnait tous les organes de la presse.

Le 25 mai 1892, au moment où Chesnelong venait de recevoir si humblement et si dignement le coup qui brisait son cœur, un écrivain de 1' « école d'Orléans, » ancien ami de Mgr Dupanloup, M. de Lacombe, exalta dans le Correspondant, en quelques hgnes émues, le président de l' Union de la France chrétienne. Chesnelong remercia avec son habituelle courtoisie. Craignant alors qu'on vît dans son éloge une appréciation convenue d'homme de lettres, M, de Lacombe crut devoir confirmer dans l'intimité d'une lettre particulière, et avec un accent qui ne trompe pas, le jugement exprimé dans son article : « C'est à plein cœur, écrivit-il à Chesnelong, que je vous ai dit dans le Correspondant, et que je vous

(1)M. de Mackau inclinait alors, et devait prochainement aboutir, au ralliemeut.

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