CHAPITRE XXII
de sa perte en 1889 par le boulangisme, et étant sortie heureusement de tous ces mauvais pas, représentât une force victorieuse vers laquelle s'orientent naturellement tous ceux qui n'ont pas des raisons personnelles de s'obstiner dans l'opposition. Et comme ce sont les vrais républicains qui ont remporté cette victoire, ce sont eux qui en bénéficient, aussi bien contre les royalistes ec les catholiques tout court que contre les néorépublicains. C'est fatal, et je n'approuve pas ceux de nos amis qui osent dire que, si nous sommes décimés, c'est la faute du pape, pas plus que V Univers, quand il prétend que c'est la faute des royalistes (1). »
Tout en dégageant, autant qu'il le peut, la responsabilité du chef de l'Église, le député du Finistère gémit sur la situation amoindrie des catholiques au parlement. MM. de Mun, Thellier de Ponche ville, Lamy, ont été battus au dernier scrutin. Il est effrayé de l'isolement qui le menace dans la future Chambre.
Que va résoudre Chesnelong, en présence de ce danger croissant du pays ? Pas un instant, nous le savons, il n'a entendu refuser à la cause catholique le concours que lui permettent ses forces. Dès avant les élections, il a reparu à la tribune du Sénat : (( Vous avez prouvé, lui écrit un de ses amis, qu'un orateur de l'opposition n'est pas obligé de se taire pour rester sur le terrain de l'Encyclique (2). »
Mais quelles questions pourra-t-il aborder désormais ? Par délicatesse d'obéissance, il évitera toute controverse pohtico-religieuse. La tribune du Sénat lui reste ouverte
(1) Lettre inédite, datée de Loiiville (Orne), propriété de campagne de Mgr d'Hulst.
(2) Lettre inédite de M. de Laborde-Nogucs, 23 juillet 1803.
CHESVELONG . — 37
pour les discussions budgétaires et ]a défense des congrégations ; de plus, les sociétés de propagande religieuse dont il est l'âme depuis vingt ans le suivent sans cesse comme leur chef le plus écouté.
Sa compétence financière, sa clairvoyance et son courage font toujours de lui un redoutable adversaire pour les organisateurs du gaspillage public. A la veille des élections, il a déjà dénoncé les défauts et les lacunes du budget de 1894. Impossible, malgré les habiletés et les virements, de dissimuler un déficit de 385 millions. D'autre part, la dette subit un accroissement continu. Elle a, depuis 1876, grossi de sept milliards. Que s'est-il donc passé au cours de ces dix-huit années ? Les républicains sectaires ont simplement mis en œuvre leurs mineuses théories.
Au reste, leurs agissements continuent, et menacent de produire indéfiniment les mêmes fruits. La politique électorale s'affirme toujours par les dépenses insensées qui grèvent démesurément le budget des Travaux publics. La pohtique antireligieuse continue à alourdir le budget de l'Instruction pubhque. Quand les membres de la majorité se prononcent sur les lois scolaires, ils proclament très haut qu'elles sont « le patrimoine intangible de la République. » Ils osent même ajouter que ces lois ne rencontrent pas les résistances du début, qu'elles sont consenties, presque acceptées par leurs adversaires d'autrefois. Une telle impudence provoque l'indignation de Chesnelong. Il en fait bonne justice, en adjurant la droite du Sénat de s'unir à lui pour condamner des provocations aussi criminelles, et sa motion obtient d'unanimes applaudissements.
Ce travail de critique attentive et hardie, cette campagne d'avertissements et d'objurgations, Chesnelong la continuera chaque année, jusqu'à ce que, le souffle