CHAPITRE XXII
nous avons la voie libre. Il faudra l'affermir, et empêcher la passion catholique de s'amortir sur la question ; car il faut de la passion, une bonne et généreuse passion, pour que le sacrifice ne tarisse pas. Quant au Comité catholique, il lui faut un congrès annuel pour alimenter sa vie. Il faudrait, me semble-t-il, faire de cette œuvre une œuvre de propagation religieuse, en excluant provisoirement le côté de la défense qui confine à la politique, et, sur ce terrain, obtenir, cette fois, non pas que le congrès ne se tienne pas, mais qu'on lui permette de se tenir sans toucher aux dernières Encycliques, pas plus dans l'adresse au pape que dans les rapports et discours, et sans être, de ce fait, rappelé à l'ordre (1). »
Pour obtenir ce rétablissement des congrès, Chesnelong comptait sur l'influence du cardinal Richard, qui devait, en juin 1894, faire un nouveau voyage à Rome. A peine de retour à Paris, l'archevêque reçut la visite du vieux sénateur. Que s'était-il passé au Vatican ? L'inspirateur de l' Union de la France chrétienne en revenait gagné, semblait-il, à la belle confiance du pape en l'efficacité future de ses directions, presque converti aux idées de ralliement : « Voyez- vous, cher monsieur Chesnelong, dit-il, l'avenir est là. Nous sommes trop vieux, vous et moi, pour le voir se réaliser; mais le pape aura la gloire de l'avoir préparé. Nous assistons à une transformation sociale qui ne permet pas d'espérer le relèvement de beaucoup de grandes choses définitivement tombées. Cette transformation, l'Église la réglera, et il en sortira un état nouveau qui, après beaucoup d'épreuves peut-être, trouvera dans le christianisme sa loi définitive. L'Église, une fois de plus, sauvera le monde, et, en particulier la France, en dirigeant son renouvellement. »
Chesnelong écoutait, respectueux, mais inquiet :
(1) Lettre inédite, du 7 novembre 1893.
« Je sais bien, dit-il, que le pape persiste dans ses conseils ; mais est-il d'avis que, relativement aux abus progressifs de la législation, la lutte doit continuer avec vigueur, et qu'il ne faut pas désarmer ? — Oui, sans doute, reprit le cardinal, la lutte doit continuer, mais avec modération et avec prudence... Le pape désire que tout soit conduit avec sagesse, et n'aboutisse pas à un conflit (1). »
Mgr Richard avait-il subi la fascination du puissant esprit de Léon XIII, jusqu'au point de faire siennes ses vues politiques et ses espérances ? Remplissait-il simplement une mission vis-à-vis d'un catholique éminent, dont la conquête semblait toujours précieuse ? Certains silences, certaine nuance de réserve sur les points délicats laissèrent Chesnelong dans l'incertitude. Il comprit aussi que, dans l'entrevue avec Léon XIII, il n'avait pas été question de ses deux grandes œuvres, ou que, du moins, rien n'avait été obtenu.
Un mot bienveillant du pape vint, plus tard, le consoler partiellement de ce mécompte. M. l'abbé Chesnelong était allé à Rome, chargé, avec quelques-uns de ses confrères parisiens, d'oflfi'ir au Saint-Père une reproduction de la statue de Notre-Dame. Il fut, avec eux, reçu en audience au Vatican.
Apprenant qu'il était le fils du sénateur, Léon XII 1 le fixa de son regard perçant, tempéré de douceur, et. posant la main droite sur sa tête : « Votre père, dit-il. est un grand catholique. Assurez-le que je l'aime toujours, que je suis touché de son silence, et que je le bénis. »
Au reste, de nouvelles instances devaient aboutir à la reprise du Congrès annuel des catholiques. En
(1) C(jii\erHHtion citée toxtiiellement par Cliesnelong dans »n h'ttrc inédit*» à Kollcr, 7 jiiillot lSi»4.