CHAPITRE XXII
1897, il était rétabli, et se tenait de nouveau à Paris. Chesnelong espérait éviter toute contradiction en maintenant le Congrès sur le terrain exclusivement religieux. Malgré les impressions récemment rapportées de Rome par le cardinal Richard, il comptait toujours sur son appui. Quel ne fut donc pas son désappointement, lorsque, au cours d'un entretien, il l'entendit faire incidemment la déclaration suivante : « Il faudra désormais se placer sur le terrain constitutionnel ! '>
L'archevêque était donc, lui aussi, définitivement rallié ! Mais entendait-il qu'il n'y eût plus désormais d'action cathohque possible en dehors du ralliement ? L'anxiété de Chesnelong était au comble. Il eut bientôt la clef du mystère.
Au début du mois de juin 1899, parut dans le Figaro une lettre adressée par le Souverain Pontife au cardinal Richard, et où il était dit : >< Après les nombreux témoignages de bienveillance qiie nous avons donnés à la France durant tout notre pontificat, il nous avait été particuhèrement agi'éable d'apprendre que les catholiques français s'étaient unis plus étroitement dans le Congrès national catholique de Paris, en 1897, pour travailler de concert au bien de la religion catholique et de la patrie. Mais le résultai n'a pas répondu pleinement aux communes espérances. Aussi, cédant aux instances d'un grand nombre de cathoUques français, et sans examiner les causes multiples de la situation présente, nous voulons attirer votre attention sur l'action efficace exercée par les œuvres et les groupes catholiques. Ceuxci, tout en conservant l'autonomie dans la sphère d'action qui leur est propre, doivent se donner la main pour travailler d'un commun accord à ce qui intéresse cous les bons citoyens, le bien suprême de la patrie française... Qu'ils se placent donc résolument sur le terrain des institutions existantes que la France s'est données,
pour y travailler à l'intérêt commun de la religion et de la patrie, avec cet esprit d'unanimité et de concorde dont tout bon catholique doit être animé. »
Sans connaître avec certitude le résultat final de la tactique préconisée par lui, le pape voulait qu'au moins on en fît un essai loyal. Sa politique ne pouvait produire des fruits qu'à longue échéance ; encore fallait-il. pour rendre possible le succès, y tendre avec un ensemble qui en multipliât les chances ; d'où ses avis réitérés, qui ressemblaient de plus en plus à des injonctions.
Craignant que cette lettre contristât sans profit les catholiques de la nuance de Chesnelong, le cardinal avait demandé, en haut heu, qu'on le dispensât de la pubher. On lui avait opposé une volonté formelle. C'est alors que, pour préparer son vieil ami à une nouvelle souffrance, il lui avait dit en passant : « Il faudra se placer désormais sur le terrain constitutionnel. »
Obligé de faire connaître la lettre papale, il avait voulu, du moins, en restreindre la pubhcité, et il la des-' tinait à la seule Semaine religieuse de Paris, lorsque, par suite d'une indiscrétion, elle parut dans le Figaro, et fut reproduite par tous les journaux. Chesnelong se renferma de plus en plus dans le respect silencieux. Il était alors à quelques semaines du grand repos préparé . à ses labeurs, et le bruit des polémiques religieuses ne devait plus troubler son recueillement.
Au reste, malgré ces inquiétantes péripéties, l'œuvre des Comités cathohques était sauvée, et sa prospérité témoigne encore, à l'heure présente, de la puissante vitalité que lui a communiquée Chesnelong.
Il en est de même de la Société d'Éducation et d'Enseignement, que, en 1899, son président avait cru un instant menacée. Dieu préservait ainsi son serviteur de l'ivresse des succès humains, et donnait à sa vertu, pour