‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 271 sur 302 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

l'épurer et la consommer à l'heure décisive, la suprême consécration de la souffrance.

D'ailleurs, ces contradictions ne purent, ni affaiblir l'espérance de Chesnelong, ni même altérer sa bonne humeur. Aussi, les œuvres étrangères, par leur nature même, à toute polémique eurent-elles, jusqu'à la fin, toute son activité et tout son entrain.

Au milieu de la division des partis* et malgré l'audace croissante des sectes, un spectacle réjouissait son âme et fortifiait son espoir au salut final du pays, c'était l'hommage rendu à Jeanne d'Arc par toutes les classes sociales et l'annonce du culte que lui préparait l'Église. Cette vierge patriote, si éclairée, en pleine mêlée des idées et des faits, sur les vrais intérêts de la France, si habile à discerner ses vrais ennemis, qui avait aimé son pays jusqu'à l'héroïsme et sa foi jusqu'au martyre, était, aux yeux de Chesnelong, la patronne désignée pour la nation au sein de laquelle sévissait de nouveau la « grande pitié » du quinzième siècle. Il l'invoquait avec ardeur. Il aurait voulu réunir dans le culte de sa bravoure, de son désintéressement et de son humilité tant de Français qui ne savaient à qui porter leurs réserves de courage, et qui, faute d'entente, laissaient envahir par la franc-maçonnerie « le plus beau royaume après celui du ciel. » Aussi, lorsque Léon XIII eut signé l'introduction de la cause de canonisation de Jeanne d'Arc, accepta-t-il avec empressement l'invitation de Mgr Turinaz, qui lui demandait de venir à Nancy, glorifier la vierge lorraine.

Il avait promis une conférence. Ce fut un grand et solennel discours qu'il prononça, le 17 mai 1894, devant les plus hautes notabiHtés de la ville et de la province.

On a beaucoup célébré Jeanne d'Aïc depuis que le pape Pie X l'a proclamée bienheureuse. Son nom a retenti dans toutes les chaires de France. Peu de panégjrriques ont égalé celui qu'entendirent, ce jour-là, les compatriotes de l'héroine. La mission de Jeanne d'Arc considérée comme marque de la protection divine sur la France et comme gage; des bénédictions du Très-Haut sur son avenir, tel fut le thème de l'orateur,

A ses yeux, il est vrai, et spécialement pour lui-même, l'heure présente était sombre et pleine d'angoisses. « J'arrive à notre temps, disait -il ; je ne toucherai pas à ses divisions. Je suis, pour mon compte, parmi les vaincus, et j'y reste. Je suis aussi parmi les serviteurs passionnés et désintéressés de l'ÉgHse et de la France, qui ne séparèrent jamais ces deux mères dans leur amour et dans leurs espoirs, et, avec la grâce de Dieu, je resterai dans leurs rangs jusqu'à mon dernier souffle... »

Pour justifier cette fière attitude, il rappelait les entreprises, les luttes et les victoires qui avaient amené, malgré tout, au XI X^ siècle, une renaissance cathohque de l'ÉgUse de France, et il concluait par ces confiantes paroles : « Ne vous semble-t-il pas, Messieurs, que lorsque, grâce à une décision suprême du Souverain Pontife, nous pourrons, au pied de ces autels où réside, sous les voiles de son Très Saint Sacrement, ce Jésus vers lequel la vierge martyre poussait son dernier cri, lui adresser à elle-même cette invocation : « Sainte libératrice, priez pour la France ! » ne vous semble-t-il pas que, ce jour-là, plus que jamais et d'une foi plus invincible, nous croirons à cette France, pour laquelle nous aurons au ciel une telle caution de notre avenir ? » ( 1 )

Chesnelong croyait à l'assistance surnaturelle des

(1) Jeanne d'Arc et la vocation chrétienne de la France, par M. Chesnelong, — Paris, Levé, 1894.

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