‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 272 sur 302 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

saints. Mais il aimait surtout les saints de France, ceux qui avaient fait bénéficier le pays de leur dévouement à ses intérêts. Aussi, accepta-t-il avec joie, en 1898, d'apporter son témoignage au tribunal ecclésiastique chargé de préparer l'introduction de la cause du P. Captier, l'un des martyrs d'Arcueil. Il l'avait connu et admiré pendant quatre ans, à la Société d'Éducation et d'Enseignement. Il n'hésita pas à se prononcer en faveur de la sainteté de sa vie et de l'héroïcité de sa mort.

Chaque année, on le sait, il s'astreint à présider en personne la réunion générale de l'œuvre des Écoles Hbres du diocèse de Paris. Les laïcisations se multiphent ; il faut fonder partout, mais surtout dans les pauvres et populeux faubourgs, des asiles où l'enfance échappe à l'athéisme et à la corruption. Pour plaider la cause de ces faiblesses menacées, le vieil athlète retrouve sa chaleur d'âme et sa parole vibrante des beaux jours.

Au reste, ce n'est pas seulement devant des assemblées de cathoUques qu'il s'agit de défendre l'enseignement chrétien. Le système des fiches vient d'être inauguré comme moyen de gouvernement. Le sinistre Combes dénonce à la tribune du Sénat les oâiciers et fonctionnaires qui placent leurs enfants dans les écoles catholiques. Il sait leurs noms par les rapports de recteurs d'Académie, qu'il a provoqués et obtenus étant ministre. Chesnelong s'émeut, et son indignation le pousse à la tribune.

« Il ne m'a pas déplu — bien que je fasse des réserves sur la correction du procédé — d'entendre l'honorable M. Combes apporter à cette tribune des lettres de recteurs (dont on n'a pas dit les noms), qui attestent que beaucoup de fonctionnaires appartenant

à l'armée, à la magistrature même épurée, lorsqu'il s'agit de l'établissement où ils font élever Içurs enfants, se déterminent dans leur choix, non d'après les inspirations d'une prudence intéressée, mais d'après leur conscience de pères de famille. La conscience du père de famille est, si je puis ainsi dire, une conscience sui generis, une conscience inspirée et purifiée par la tendresse. Le père de famille a pour ses enfants des délicatesses qu'il n'aurait pas pour lui-même... Oui, cette conscience des pères de famille, la plus noble, la plus vigilante et la plus désintéressée, cette conscience vient à nos collèges chrétiens, et c'est grâce à la conscience des pères de famille que nos collèges vivront (1) ! »

Ce devait être son dernier discours.

« Je le vois encore, dit M. de Lamarzelle, à la tribune du Sénat, déjà gravement atteint par le mal qui devait l'emporter. Il était là, haletant, n'en pouvant plus, mais allant toujours et quand même, en bon combattant qui ne dépose jamais les armes et qui cesse de lutter seulement lorsqu'elles lui tombent des mains. Et toute l'Assemblée, les adversaires et les amis, l'écoutaient avec plus de respect et d'admiration que jamais. Chacun sentait que ce n'était pas là seulement un beau discours, mais surtout un grand acte, l'acte du clirétien qui a donné toute sa vie à sa foi, et qui veut que son dernier souffle lui soit encore consacré. » (2)

Il devait se réduire désormais à des tâches plus paisibles.

Sous le titre de Notes et Souvenirs (3), le marquis de Dreux-Brézé, avait publié, en 1895, un récit de l'essai de restauration monarchique. Principalement préoccupé de justifier, dans cet écrit, l'attitude du comte de

(1) Séance du 13 mars 1897.

(2) Aitido du Gaulois, 18 août 1910, ('.i) l'aris. Imprimerie Dumoulin.

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