CHAPITRE XXII
Chambord, et spécialement la lettre du 27 octobre 1873, il avait imputé à Chesnelong des habiletés qui pouvaient faire suspecter sa droiture. Il lui reprochait, en particulier, d'avoir omis délibérément de rapporter à la Commission des Neuf la phrase prononcée par le prince : « Je n'accepterai jamais le drapeau tricolore. »
Chesnelong achevait alors la rédaction de ses Mémoires. Un volume en était consacré à la Campagne monarchique. (I) Il suffisait de le publier pour répondre victorieusement à M. de Dreux-Brézé, et démontrer, en particulier que, après avoir demandé à son royal interlocuteur la permission de ne pas rapporter les paroles susdites, il eût trahi une convention tacite en rompant le silence à cet égard. Mais, outre qu'il lui répugnait d'infliger un démenti à ce vieux et loyal serviteur du prince, il hésitait à occuper le pubUc de sa personne, et à publier une partie des Mémx)ires qui, selon ses dispositions récentes, ne devraient paraître que dix ans après sa mort.
'^Consultés j)ar lui, ses plus sûrs amis, MM. de Kerdrel, Keller, Merveilleux du Vignaux, insistèrent pour qu'il se justifiât, et l'année 1895 vit paraître, après les Notes et Souvenirs de M. de Dreux-Brézé, cet autre récit de la campagne de 1873, dont l'accent décèle, d'un bout à l'autre, un « livre de bonne foi. » Ce point d'histoire si délicat était désormais fixé.
Le comte de Paris, héritier des droits du prince exilé, ne put lire ce récit, où sa personne et son rôle étaient présentés avec la plus respectueuse impartialité. Il était mort Tannée précédente. Chesnelong en fit hommage à son fils, le duc d'Orléans, qui, charmé de cet aote de déférence, et spécialement satisfait du livre, fit immé-
( 1 ) Voir la note ("2) cla la page 52S, et la note ( 1 ) do U page 312.
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diatement proposer à Chesnelong d'entrer dans le comité royaliste qu'il avait l'intention de constituer à Paris.
Celui-ci accepta l'offre bienveillante du prince, mais avec la réserve mentionnée plus haut.
D'ailleurs, la vieillesse pesait maintenant sur sa tête blanchie. La démarche plus lomde, la voix parfois défaillante, le tribut payé, chaque hiver, aux malaises de la saison, tout annonçait le terme prochain des incessants labeurs.
Dieu voulut, avant la récompense finale, ménager encore à son serviteur un jour de pleine et rayonnante félicité.
C'était le 4 octobre 1894. Il y avait cinquante ans que M. et M'"^ Chesnelong s'étaient donnés l'un à lautre devant le maître-autel de l'éghse d'Orthez. Leurs enfants et petits-enfants décidèrent de fêter en famille leurs noces d'or. On vit accourir de Toulouse, de LiUe, de Paris, de Chemillé tous ceux qu'un lien de religieuse tendresse unissait aux vieux époux. Vingt-huit rejetons se pressèrent bientôt autour du patriarche, sous le toit familial de la rue de l'Horloge. Trois générations se coudoyaient dans ces salles, où les portraits des aïeux souriaient à l'allégresse de tous ; un arrière-petit-fils du sénateur mêlait ses caresses naïves aux félicitations et aux hommages.
Aussitôt la fête annoncée, toutes les notabilités d'Orthez, tous les compagnons de lutte, tous les amis politiques du département vim'ent s'unir à la famille en liesse. Le curé de Saint- Augustin, M. Brisset, voulant témoigner de son attachement à son ancien vicaire, n'hésita pas à quitter Paris pour s'associer à cette solennité. Retenu dans i-on diocèse, le cardinal Richard voulut du moins solliciter pour le couple vénéré la