CHAPITRE XXII
prière et les suffrages de Léon XTII, et il lui adressa un compliment fort délicat, où la poésie des communs souvenirs s'alliait aux éloges que décerne l'Ecriture aux vieillesses pleines d'œuvres.
On s'achemina vers l'autel, témoin des anciennes promesses. Il était occupé par le fils si généreusement donné à Dieu, prêt à offrir le sacrifice d'action de grâces pour un demi-siècle de bénédictions. L'archipêtre d'Orthez, M. Domccq, adressa aux jubilaires une allocution où, après avoir retracé à grands traits la carrière militante de Chesnelong, il le félicitait d'avoir si pleinement correspondu à la grâce du sacrement du mariage.
Ce fut ensuite le déjeuner familial, puis la série des toasts. Après la musique des sonnets et des religieux épithalames, parmi lesquels on remarqua une gracieuse poésie de M. l'abbé Brisset, le fils aîné, ^I. Joseph Chesnelong, dit, au nom de la famille, les sentiments de vénération, de tendresse et de reconnaissance qui débordaient du cœur de tous ; puis le héros de la fête se leva.
Avec sa délicatesse coutumière, il remercia les amis accourus pour ce touchant hommage, puis il rendit à Dieu « de très humbles actions de grâces pour tant de bienfaits reçus depuis cinquante ans. » Il n'oublia, ni le Souverain Pontife, dont la bénédiction était un gage des faveurs célestes, ni le cardinal de Paris, son appui aux heures d'angoisses, ni la couronne de prêtres qui étaient venus joindre leurs suffrages à ceux du cher officiant. Puis, chaôun des convives du dehors ayant reçu son remerciement, la voix de l'aïeul se fit plus douce, et comme tremblante d'émotion : (( Je suis un peu long peut-être, dit-il, et pourtant je n'ai pas fini. Le chrétien s'est incliné ; l'ami s'est épanché ; souffrez encore que le vieil époux et le vieux père dise le moc de tendresse qui est dans son cœur. Merci à toi. ma douce compagne '. Tu as été la source de
mes meilleures joies et mon soutien dans l'épreuve. J'ai trouvé en toi un conseil toujours sûr, une force toujours en éveil, une sollicitude toujours exquise, une bonté toujours secourable. Foi, piété, sentiment élevé du devoir, toutes les bonnes tendresses et toutes les douces compatissances, c'est là ton cœur ; il n'eut jamais d'autres hôtes. Merci de tout le bien que tu as fait à mon âme, merci des cinquante ans de bonheur que je te dois !
» Et maintenant, au nom de ma chère Ernestine et au mien, enfants chéris que nous aimons de tout notre cœur, vous qui êtes les fils et les filles de notre sang, vous qu'ont faits nôtres d'heureuses aUiances qui toutes ont répondu à nos meilleurs vœux, nous rendons grâces à Dieu de pouvoir dire, en toute vérité, que de vous il ne nous est jamais venu que des fiertés et des joies !
» Aussi, comment nos vieux cœurs ne tressailliraient ils pas en ce moment d'une allégresse à laquelle se mêle, nous ne nous en défendons pas, un peu de légitime orgueil, en nous voyant entourés ici de ces cinq foyers issus du nôtre, où le devoir garde la tendresse, où le travail garde la vie, où la foi garde l'honneur, et aussi, — avec l'arrière-petit-fils qu'il nous a donné — , de ce foyer plus jeune, tout rayonnant encore de cette grâce épanouie qui est le charme du premier bonheur ?
» Tu es aussi notre joie et notre fierté, toi qui, à Paris. es pour nous un coin de famille, où nous trouvons, avec la félicité qui nous vient de ta tendresse, un doux rayonnement de cette grâce qui, de l'autel, se répand sur le prêtre, et en fait une bénédiction vivante. Comme nous remercions le bon Dieu de t'avoir appelé à lui donner, en devenant son prêtre, toute ton âme et toute ta vie, et d'avoir accordé ainsi à notre maison le plus grand des bienfaits dans le plus précieux des honneurs !
» Et la sainte enfant que sa vertu a retenue loin de cette fête de famille, ah ! ne l'oublions pas ! Son cœur