‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 275 sur 302 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

est avec les nôtres ; nous sommes avec le sien ! Puisse le bon Maître rendre à la servante de ses pauvres, en richesses de l'âme, les seules qu'elle désire, tout ce que nous lui devons ! Elle fut pendant vingt-cinq ans, par sa grâce angélique, le charme du foyer ; elle en est, elle aussi, la bénédiction, et les joies qui nous viennent d'elle ne nous sont pas moins douces, pour être plus sacrées ! » Enfants, petits-enfants, arrière-petit-enfant, que nous confondons tous dans une même tendresse, à commencer par toi, mon bien-aimé Joseph, qui fus le premier-né, et qui as été le bon, fidèle et tendrement dévoué compagnon de toute notre vie, tous en ce moment, vous êtes la couronne de nos noces d'or !...

» Mes chers enfants, n'oublions pas nos morts ! Les souvenirs ont aussi, dans leur tristesse, une mélancolique douceur. S'ils ne peuvent nous rendre les absents que Dieu a rappelés, ils font revivre dans nos cœurs le passé où nous jouissions de leurs tendresses disparues. Les êtres aimés qui, pendant les derniers cinquante ans, nous ont été tour à tour enlevés, je les nomme dans mon cœur. Ce matin, mon souvenir les a convoqués autour de l'autel aux pieds duquel nous étions agenouillés. J'ai la foi qu'ils étaient là par leurs prières, qui, partant du voisinage de Dieu, sont plus que jamais une douce protection (1). »

On se sépara sur ces religieuses pensées, non sans avoir souhaité aux jubilaires la joie des noces de diamant.

Le lecteur a remarqué, dans l'allocution qui précède, les paroles de souvenir et de tendresse à l'adresse de K la sainte enfant que sa vertu avait retenue loin de la fête. »

Il s'agit, on l'a deviné, de la Fille de la Charité qui avait été, dans le monde, Céleste Chesnelong.

(1) Pièce inédito (aroliives de la tainillo Chesnelong).

En se consacrant au service des pauvres, elle avait renoncé aux joies de sa famille terrestre. Toutefois, à raison des services rendus par son père à l'institut, ses supérieures n'auraient pas empêché sa présence à la réunion du 4 octobre.

Mais devait-elle accepter, même pour un jour, ce retour vers des joies dès longtemps sacrifiées ? Ne valaitil pas mieux donner à ses sœurs l'exemple de l'absolue fidélité à la règle et du renoncement total aux plus purs bonheurs humains? D'autre part, la consécration à Dieu n'avait rien diminué de ses tendresses famihales ; son abstention, à pareil jour, ne serait-elle pas, pour ses vieux parents et pour tous les siens, une ombre douloureuse rà l'allégresse des noces d'or ? Elle fit part de ses angoisses à son père, et, le 5 septembre 1894, elle reçut de lui la lettre suivante : « Nous lisons dans ton âme, ma fillette aimée, comme si elle était un livre ouvert devant nous. D'un côté, nous savons combien tu nous aimes, et quelle joie tu aurais à nous apporter le grand bonheur de ta présence. D'un autre côté, plus la joie serait grande, plus tu te sens portée à en faire le sacrifice, plus il te semble que ce sacrifice est dû. Et puis, tu te dis, n'est-ce pas? que, le renoncement étant le principe et la garde de ta vocation, tu dois le pratiquer jusqu'à l'immolation d'une telle joie... Après avoir donné ta vie au Maître, lui en retirer, ne fût-ce qu'un jour ; faire fléchir, ne fût-ce qu'un jour, la loi du renoncement que tu as acceptée, le peux-tu ? le dois- tu ?...

» Dans ce combat intérieur, tu sens que Jésus-Christ doit rester le maître, et que le sacrifice doit l'emporter. Pourtant, tu hésites à cause de nous... N'en es-tu pas là, ma fille chérie ?... Eh bien ! parce que nous ne voulons pas que tu sois nitisi tourmentée, nous aussi, nous avons

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