‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 276 sur 302 · CHAPITRE XXII Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII Ô

fait notre sacrifice... nous l'avons fait pour ne pas troubler le tien. Donc, fillette aimée, fais-le, ton sacrifice. Si nous ne pouvons pas ne pas en souffrir, noas n'avons pas le droit de nous en plaindre, et nous avons le devoir de le respecter... Saas être près de nous, tu seras avec nous. Nous nous verrons de ce regard de l'âme, de ce regard du cœur qui créent une présence. «

Et la place de la religieuse resta vide ; mais les vieux époux sentirent, à la profonde paix de leur âme pendant la messe jubilaire, que le divin Maître était content.

Les jours suivants, on lut en famille les vœux des amis lointains. Il y en avait de fort touchants. M. de Mun réclamait le droit de s'associer à la fête patriarcale au nom de 1' « ineffaçable souvenir des combats soutenus ensemble pour la cause commune. » (1) M. Buffet se réjouissait « non seulement comme ami, mais plus encore comme Français, » (2) de l'éclatant témoignage rendu au défenseur d'une cau.se sacrée. M. Amédée de Margerie, au nom de l'Institut catholique de Lille, se déclarait « de la famille de ceux qui saluaient et suivaient Chesnelong comme un modèle et un chef sans peur et sans reproche. » (3) M^^^ de Guérines faisait écho, ardemment et joyeusement, à l'action de grâces famihale : « Que de choses dans cet unanime Magnificat ! Mon Dieu, c'est à en pleurer d'émotion, même de loin, alors surtout qu'on vous connaît et qu'on vous suit, en quelque sorte, pas à pas depuis trente ans. » (4) Le P. Matignon déclarait que « ces cinquante années de services rendus à toutes les bonnes causes, et en particulier à celle de l'Église, » étaient pour tous les catholiques un patrimoine dont ils avaient droit d'être fiers. Mgr d'Hulst, ce

(1) Lettre inédite, du (î octol>ro 1894.

(2) Id.,d\x 12 octobre 1894.

(3) /cf., du 4 octobre 1894.

(4) Id., du 16 octobre 1894.

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prêtre d'allure réservée et d'austère visage, sentait le besoin de faire à son vieil ami d'intimes confidences : ■;■ J'ai eu le mallieur de perdre mes parents dès les premières années de mon ministère ; peu après, un frère aîné, qui était la moitié de mon âme. J'ai gardé au cœur des besoins de tendresse qui me rendent, non pas envieux, mais solidaire des joies de famille de mes amis. Jamais je n'ai éprouvé plus vivement ce sentiment qu'en pensant à la fête jubilaire d'Orthez. » (1)

Ces cinquante ans passés par Chesnelong au service de Dieu, de sa famille et de son pays ne créaient pas, à ses yeux, un dpoit au repos banal et morose des vieillards. Nous savons avec quelle ardeur il poursuivit, même après 1894, ses travaux à la Commission du budget et ses interventions au Sénat siu- les questions financières.

Il n'ignore pas toutefois que sa carrière touche à son terme, et, avant le jugement suprême, il se recueille dans la méditation de la mort. Ses séjours à Orthez se prolongent. Il y trouve plus de silence pour ses habituelles prières, plus d'intimité avec ses proches, plus de facilité pour ses œuvres de piété et de charité.

Il correspond de là avec les chères familles de Toulouse, de Lille et de Chemillé, qui restent un prolongement de la sienne ; mais, lorsqu'il veut converser spécialement de Dieu et des choses divines, il se tourne volontiers vers la rue du Bac, où travaille sans trêve et se sacrifie celle qu'il aime à appeler sa céleste enfant.

Au seuil de l'éternité, il lui semble qu'il n'a pas assez fait en la donnant à Dieu, et il s'établit entre le vieux serviteur do l'Église et la religieuse dévouée au soin des pauvres une sainte émulation de générosité.

Toujours en quête de renoncements plus complets,

(1) l..-ftrf iii(<litf. (In 30 wptemhre 1804.

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