‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 28 sur 302 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

en quels termes M. Larrabure la rapporta à l'intéressé : '( Notre gracieux préfet est arrivé hier ; je l'ai vu ce matin. Il m'a longuement parlé de son embarras pour Orthez et Oloron : il craint un « chambellan » imposé. Il m'a supplié de rester. Je lui ai dit la seule chose que je puisse dire : « Vous voulez un an, soit ! mais à une condition pourtant, c'est que vous vous serez arrangé de manière à rjie donner un remplaçant convenable au bout de ce temps. Je ne veux absolument pas rester. Conver-, tissez notre ami Chesnelong. »

— « C'est bien mon homme, a reparti M. d'Auribeau. Il serait celui du gouvernement ; il conviendrait admirablement. Il se ferait bien vite, je le crois comme vous, une haute position à la Chambre, et l'intérêt de sa famille ne serait pas incompatible avec son dévouement au pays. »

Je l'entendais avec grand plaisir. Aurons-nous donc la tristesse d'avoir dû appeler un étranger ? de n'avoir pas un homme dans le pays ? Ce serait honteux ! Que Dieu vous inspire des réflexions favorables ! ( 1 ) »

Ces raisons n'infirmaient pas, aux yeux du maire d'Orthez, la valeur de ses motifs d'abstention. D'ailleurs, M. d'Auribeau semblait supposer que les infirmités n'atteindraient jamais M. Jean Chesnelong ; or, quelque temps après, le vieillard, sous le coup d'une grave maladie, recommandait expressément à Charles de ne jamais quitter la maison de commerce pour la députation.

Le malade se rétablit ; mais son fils, soucieux d'obéir à une parole qu'il avait regardée comme un ordre suprême, opposa ce nouvel obstacle aux instances de ^I. Larrabure, et s'aftermit dans le dessein de se fixer parmi les siens.

Tout en restant fidèle au Béarn. il nentendait pas se

(l) Lettre iiii>ilitt>. du 10 niar.-» 1S(>.'Î.

désintéresser do la politique de son ^a,ys, ni surtout d'une question qui passionnait alors tous les catholiques, la question romaine.

Appliqué au difficile problème d'unifier l'Italie sans supprimer totalement le pouvoir temporel et sans trop mécontenter les fidèles du monde entier, Napoléon III en était arrivé, de concession en concession, jusqu'à signer avec Victor-Emmanuel ce compromis imprécis et dangereux qu'on appela la Convention du 15 septembre 1864.

On connaît ce chef-d'œuvre d'hypocrisie. L'Italie s'engageait à ne point attac^uer le territoire actuel du Saint-Père et à empêcher même toute agression venue de l'extérieur. En retour, la France s'obligeait à retirer ses soldats des États romains dans un délai maximum de deux années. Enfin, par un protocole annexé à la Convention, Victor-Emmanuel promettait de transporter la capitale italienne dans une ville qui serait ultérieurement désignée, et qui, dans la pensée de l'honnête ministre de Napoléon, M. Drouyn de Lhuys, ne devait être autre que Florence.

Malgré ses attaches impérialistes, M. Larrabura protesta courageusement contre cette convention, lorsqu'elle fut proposée au Corps législatif.

Chesnelong n'attendait pas moins de lui, mais il voulut féhciter son ami de sa belle indépendance de chrétien, et la lettre qu'il lui adressa à ce sujet révèle une perspicacité digne d'un diplomate de carrière. Nous la citons en entier, malgré sa longueur, parce que c'est le premier document où le futur défenseur de la papauté affiche ses convictions sur la question romaine.

«VouB vous êtes fait inscriie, dit-il, contre la Convention du 15 septembre, et j'ai rencontré avec bonheur dans cet acte l'inspiration de votre haute lo^'auté. Jai lu très attentivement la discussion du Sénat ; j'ai admiré le talent de M. Rouher. Les considérations à l'ajipui du

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