‹ Chesnelong, sa vie, son action catholique et parlementaireChapitre 29 sur 302 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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vote de confiance sont d'une forme splendide, mais, en vérité, les obscurités de l'avenir n'ont pas été éclaircies.

» La Convention sera-t-elle loyalement exécutée par le gouvernement italien ? Le guet-apens de Castelfidardo ne semble pas autoriser une confiance absolue. Admettons néanmoins que Victor-Emmanuel respectera le nouveau traité mieux qu'il n'a respecté les autres. Donc, il n'attaquera pas le pape ; il empêchera la Révolution de pénétrer dans ses États par le dehors. Mais si la Révolution éclate au dedans — et elle fera explosion après le départ de nos soldats, — que pourra faire le pape ? L'étouffer dans le sang ? C'est une dure nécessité qu'on lui impose, étant donnée la nature de son pouvoir. Mais encore, et pour cela, il lui faut une armée, et, pour lever et solder cette armée, il lui faut de l'argent. On lui a enlevé la partie de ses États productive de revenus, on ne lui a laissé que cette écrasante charge de Rome et de la campagne romaine. Le Denier de Saint-Pierre lui permet à peine de faire face aux nécessités de son gouvernement. On lui propose, il est \Tai, de se décharger sur le gouvernement italien d'une partie de sa dette, mais il ne le pourrait que par une reconnaissance plus ou moins implicite des faits accomplis à son détriment. On oublie qu'il cesserait d'être le représentant de la vérité et du droit s'il se prêtait à des calculs fondés sur le sacrifice d'un principe de justice. Les garanties offertes par la Convention sont donc plus qu'illusoires, elles sont dérisoires ; elles sont vaines, impuissantes et radicalement inefficaces.

> Donc, si la Convention s'exécute, c'est l'abandon du pape par la France, et c'est l'écroulement de la papauté temporelle à terme fixe. Tout cela me semble évident. La France laissera-t-elle se consommer cette grande ruine ? Veut-elle, quoi qu'il arrive, maintenir le pape à Rome ? Là-dessus, on répond : u Liberté d'action ! > Ce qui veut

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dire,en bon français : «Moi, gouvernement, je veux rester libre de tenir l'une ou l'autre conduite. Je ne m'engage pas, vis-à-vis de la Révolution, à laisser passer le coup qu'elle prépare ; je ne m'engage pas, vis-à-vis du pape, à le maintenir contre un assaut de la Révolution. De là cette conséquence, que protection continuée et abandon du pape sont deux partis également légitimes en soi, qu'il n'y a pas là une question de devoir impérieux et d'honneur national, qu'il y a simplement une question de circonstances.

» Eh bien ! vous croyez, je crois comme vous, que la France ne peut pas, sans renier ses plus glorieuses traditions, sans nuire essentiellement à son influence morale dans le monde, sans démentir sa pensée de 1849, sans violer l'engagement d'honneur qu'elle a contracté vis-à-vis du pape et du monde catholique, qu'elle ne peut pas, dis-je, tolérer la chute du pouvoir pontifical. Vous croyez, je crois comme vous, que sa main s'est trop trouvée dans les événements de 1859. qui ont mutilé et affaibli les États du pape, pour qu'elle puisse honorablement se désintéresser de la solution finale. Vous croyez, je crois comme vous, que la chute du pouvoir pontifical, loin de mettre fin à la crise, serait le début d'une crise nouvelle et bien autrement formidable. Vous croyez, je crois comme vous que, si cette clef de voûte est ébranlée, rien n'est sauf, et que les doctrines conservatrices n'auront jamais reçu une atteinte aussi profonde, que les passions révolutionnaires n'auront jamais reçu une imjHilsion aussi efl"rayante, que le jour où l'on verrait tous les gouvernements se croiser les bras et rester spectateurs impassibles de cette crise suprême entre la Révolution et le plus haut représentant de Tautorité sur la terre! Courage donc! La cause est belle; c'est la cause du droit, de la justice, de Tordre moral ; c'est aussi la causf de l'honneur de la France.

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